L’Allemagne a décidé pour la première fois, vendredi 8 août, de prendre une mesure concrète à l’encontre du gouvernement israélien en suspendant ses livraisons d’armes susceptibles d’être utilisées à Gaza. Berlin avait durci, ces dernières semaines, ses positions dénonçant la situation humanitaire dans l’enclave palestinienne.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé la suspension des exportations d’armes qu’Israël pourrait utiliser à Gaza, après l’annonce du plan israélien pour le contrôle de la ville palestinienne.
Il devient « de plus en plus difficile de comprendre » en quoi le plan militaire israélien permettrait d’atteindre ses objectifs dans la bande de Gaza et, « dans ces circonstances, le gouvernement allemand n’autorise pas, jusqu’à nouvel ordre, les exportations d’équipements militaires susceptibles d’être utilisés dans la bande de Gaza », a-t-il déclaré, cité dans un communiqué.
Une décision sans conséquence sur le terrain, mais éminemment symbolique. C’est ainsi que différents médias allemands commentent la décision de leur gouvernement. Déjà, le gouvernement Scholz avait évité de livrer des armes et autres munitions à Israël. L’État hébreu avait évité de passer des commandes, sachant qu’elles avaient peu de chance d’être approuvées. Berlin était conscient de l’impopularité de telles mesures, explique notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut.
Netanyahu se dit « déçu » de l’annonce allemande
Le Premier ministre israélien a réagi, appelant Friedrich Merz « pour lui exprimer sa déception. Au lieu de soutenir la juste guerre d’Israël contre le Hamas, qui a mené l’attaque la plus horrible contre le peuple juif depuis l’Holocauste, l’Allemagne récompense le terrorisme du Hamas en imposant un embargo sur les armes à Israël », selon un communiqué de la primature. Au cours de cette conversation, Benyamin Netanyahu « a déclaré que l’objectif d’Israël n’est pas de prendre le contrôle de Gaza, mais de libérer Gaza du Hamas et de permettre l’établissement d’un gouvernement pacifique là-bas », affirme le texte.
Après une hausse sensible des exportations d’armes après l’attaque du Hamas en octobre 2023, elles ont atteint l’an passé un volume de 160 millions d’euros et 28 millions au premier trimestre 2025. Il s’agissait, le plus souvent, de pièces détachées pour du matériel militaire déjà livré à Israël pour des chars, des hélicoptères ou des avions, mais peu ou pas de munitions.
Si cette décision ne va pas changer les choses sur le terrain, elle constitue un tournant historique pour Berlin, qui sanctionne pour la première fois Israël. Le soutien militaire de l’Allemagne ces dernières décennies pouvait aussi être compris comme une réparation après l’extermination par le IIIe Reich de six millions de juifs européens.
À droite et dans les médias conservateurs allemands, les commentaires sur une « erreur historique », voire une trahison de Friedrich Merz, sont nombreux.
Source RFI
