Mercosur : la faiblesse de Macron à Paris limite son influence à Bruxelles
Les manifestations violentes mercredi dans la capitale économique Dar es Salam et ailleurs en Tanzanie sont l’expression d’années de « colère refoulée » contre un pouvoir répressif, venant d’une population « acculée » qui se sentait obligée de « riposter » à la violence d’Etat, estime un expert d’Amnesty international.
La présidente Samia Suluhu Hassan, qui aspire à être élue après avoir été promue à cette charge à la mort de son prédécesseur John Magufuli en 2021, est particulièrement visée car elle est considérée responsable de la « terreur » en cours, avec des « enlèvements de toutes parts », qu’un de ses fils est accusé d’orchestrer, observe Roland Ebole, chercheur depuis des années sur ce pays.
QUESTION : Pourquoi ce soulèvement populaire en Tanzanie ?
REPONSE : « Les gens ne s’attendaient pas à ce que la Tanzanie atteigne ce stade. Mais lorsque vous poussez à bout un peuple, à un moment où l’opposition politique n’existe plus, où ses candidats sont soit en prison, soit disqualifié, même au niveau local, où des personnes sont enlevées de toutes parts sans aucune forme de responsabilité ou même d’enquête de la part de l’État, où il y a des arrestations arbitraires et massives de partisans de l’opposition… à un moment donné, ce que nous voyons est quelque chose qui devait arriver. Ce genre de tension est observé chez un peuple qui a été acculé pendant si longtemps, qui a été poussé dans un coin, et à un moment donné, il doit riposter et contre-attaquer. »
Q : Pourquoi la présidente Samia Suluhu Hassan est-elle si impopulaire, alors que son prédécesseur John Magufulu était qualifié d’autoritaire ?
R : « Alors que Magufuli appliquait la guerre juridique (pour réprimer la population avant les élections de 2020, qu’il avait remportées avec Mme Hassan comme vice-présidente), Suluhu utilise littéralement la terreur.
Les enlèvements, les meurtres que nous voyons, mais aussi la violence et le harcèlement sexuel quand les forces de sécurité torturent les dissidents, ce qui est un nouveau phénomène. En ce moment, il y a une colère refoulée. Et cela pourrait venir à la fois de l’intérieur du CCM (Chama Cha Mapinduzi, ex-parti unique au pouvoir depuis l’indépendance, dont M. Magufuli et Mme Hassan font partie), où des personnes ont été ciblées, mais aussi en dehors du CCM, c’est-à-dire des partis d’opposition, voire même du citoyen ordinaire, car personne n’est épargné. Les violations que nous avons observées frappent de l’utilisateur de TikTok qui semble critiquer l’État jusqu’à un ambassadeur qui critique l’État et disparaît, sans aucune forme de responsabilité ou de justice.
Et au milieu de tout ça se trouve le fils de la présidente, qui a son rôle dans l’exacerbation de la colère. Les gens soutiennent qu’il est derrière la plupart des atrocités et des violations que nous constatons dans le pays, et surtout qu’il agit au nom de sa mère. Cela pourrait être l’une des choses qui agacent vraiment les autres membres du CCM. »
Q : Et quel est le rôle de l’armée dans tout cela ? On a vu des images de militaires semblant soutenir les manifestants ?
R : « L’armée tanzanienne a été déterminante, même après la mort de Magufuli, pour maintenir un peu d’ordre dans le transfert de pouvoir. Cette fois-ci, nous attendons de voir quel sera son rôle dans tout cela, au niveau du couvre-feu, de la période électorale, alors que le vainqueur doit être proclamé. Quel genre de déclaration sera faite ? S’agira-t-il (d’une décision à partir) des votes comptés (quand des images de centres de vote détruits étaient visibles sur les réseaux sociaux, NDLR) ? Ou les gens voudront-ils encore contester cela davantage ? Tout est vraiment confus. Cette (coupure des communications) est dangereuse, car nous ignorons ce qui se passe réellement. Les tensions sont vives, même au sein du parti au pouvoir, et peut-être aussi au sein de l’État. »
Source Politique
