Le parquet général a demandé, ce lundi 10 novembre 2025, que « soit fait droit » à la demande de mise en liberté plaidée par les avocats de Nicolas Sarkozy devant la chambre des appels correctionnels de la cour d’appel de Paris. L’ex-Président, âgé de 70 ans, est incarcéré depuis le 21 octobre à la prison de la Santé, après sa condamnation à cinq ans de prison assortis d’une exécution provisoire dans l’affaire dite du financement libyen de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007.
L’ancien champion de la droite a notamment été jugé coupable d’avoir sciemment laissé ses collaborateurs démarcher la Libye de Mouammar Kadhafi afin de solliciter un soutien occulte pour soutenir son accession à l’Élysée en 2007. Nicolas Sarkozy, qui a toujours clamé son innocence, a interjeté appel du jugement, mais celui-ci n’est pas suspensif de l’exécution de sa peine.
La cour d’appel disposait deux mois pour étudier sa requête de mise en liberté, déposée par ses avocats à partir de sa mise sous écrou. Cette audience intervient après les demandes de deux autres détenus de ce procès politico-financier de haut vol : l’intermédiaire Alexandre Djouhri, finalement maintenu en détention la semaine dernière, et l’ex-banquier Wahib Nacer, qui a, lui, été libéré le 28 octobre.
« Jamais je ne me déroberai »
« Jamais je n’ai eu l’idée folle de demande à M. Kadhadi quelque financement que ce soit, et me dérober à la justice ce serait avoué. Jamais je n’avouerai quelque chose que je n’ai pas fait », a soutenu Nicolas Sarkozy, qui a pu intervenir en visioconférence devant la cour d’appel, où étaient présents son frère Guillaume, sa femme Carla Bruni-Sarkozy et deux de ses trois fils, Pierre et Jean.
« Je n’avais pas imaginé avoir 70 ans pour connaître la prison. Cette épreuve m’a été imposée. C’est dur, très dur, et ça l’est certainement pour tout détenu. Je dirais même que c’est éreintant », a poursuivi celui qui avait auparavant répondu à plusieurs questions sur sa situation familiale et professionnelle.
Il a précisé notamment, en réponse aux questions de la cour d’appel, avoir deux activités justifiant ses salaires annuels en 2023 d’un total de 638 000 € : « avocat » et « conférencier, invité à prononcer des discours et conférences à travers le monde depuis 2012 ». Ainsi qu’une « fonction de conseiller pour quatre entreprises » pour laquelle il a été rémunéré à hauteur de 2,3 millions d’euros (revenus non commerciaux).
« Il n’a jamais violé ses obligations judiciaires »
À l’appui de sa demande de mise en liberté, la défense de l’ex-Président a soutenu que le prévenu « n’a jamais violé les obligations judiciaires qui lui ont été fixées ». Il « est attaché à démontrer son innocence », a-t-elle encore insisté. Et d’estimer aussi que « la détention constitue une menace pour Nicolas Sarkozy, ce qui lui vaut d’être placé à l’isolement et d’avoir deux officiers de sécurité. » Me Christophe Ingrain a aussi mis en avant le fait que le « parquet n’avait pas requis le mandat de dépôt lors du procès ».
Le parquet général a requis la remise en liberté de Nicolas Sarkozy, mais a demandé que cette « liberté soit encadrée par un contrôle judiciaire », notamment pour « éviter toute concertation frauduleuse » ou « toute pression sur des témoins ». La cour d’appel rendra sa décision à 13 h 30.
Le procès en appel devrait se tenir au printemps 2026
Plus que la condamnation de Nicolas Sarkozy, c’est le mandat de dépôt avec exécution provisoire qui avait suscité la stupeur. Pour les juges, il était justifié par la « gravité exceptionnelle » des faits. Ce critère de la gravité, de nature à « troubler l’ordre public », ne pourra toutefois pas être retenu dans l’examen de sa mise en liberté. Selon le Code pénal, le maintien en détention n’est possible que s’il est l’unique moyen de protéger des preuves, d’empêcher pressions ou concertations, de prévenir fuite ou récidive, ou de protéger la personne incarcérée.
Sinon, Nicolas Sarkozy devra être remis en liberté, sous contrôle judiciaire, voire assigné à résidence avec un bracelet électronique. Et ce jusqu’à son procès en appel, qui devrait se tenir en mars prochain, même si les dates précises n’ont pas encore été officiellement annoncées.
Source Ouest France
