Gouvernance foncière : la Côte d’Ivoire veut faire de la sécurisation des terres un levier de paix et d’investissement

Abidjan – La Côte d’Ivoire entend accélérer la modernisation de sa gouvernance foncière et renforcer la sécurisation des terres, considérée comme un enjeu majeur de cohésion sociale, de développement économique et d’attractivité des investissements. C’est dans cette dynamique qu’a été officiellement lancée, mardi 11 août 2026 à l’Hôtel Tiama d’Abidjan, la première édition des Journées Foncières d’Abidjan.

La cérémonie de lancement a été présidée par le ministre de l’Agriculture, du Développement Rural et des Productions Vivrières, Bruno Nabagné Koné, en présence notamment de S.E.M. Paul Benoît Barka Sarr, Ambassadeur du Sénégal en Côte d’Ivoire, ainsi que de plusieurs acteurs institutionnels et professionnels du secteur foncier.

Les Journées Foncières d’Abidjan se tiendront du 5 au 7 octobre 2026 au Parc des Expositions de Port-Bouët, sous le haut patronage du Vice-Premier ministre Téné Birahima Ouattara.

Cette rencontre internationale ambitionne de faire d’Abidjan une plateforme de référence en matière de dialogue, de coopération, d’innovation et de partage d’expériences autour des problématiques liées à la sécurisation foncière.

La terre, au cœur de la paix et du développement

Au-delà de sa valeur économique, la question foncière occupe une place stratégique dans la stabilité des territoires et le développement des communautés.

Pour le ministre Bruno Nabagné Koné, la sécurisation des droits sur la terre constitue à la fois un facteur de paix, de cohésion sociale et de prévention des conflits, mais également un puissant levier pour encourager l’investissement productif.

La clarification des droits fonciers permet notamment aux exploitants agricoles, aux populations rurales et aux investisseurs de disposer d’un environnement plus sécurisé pour développer leurs activités.

Cette sécurité juridique devient ainsi déterminante pour attirer les capitaux, soutenir la modernisation agricole, favoriser la création d’emplois et contribuer au développement durable.

Un chantier de grande ampleur

Les défis restent considérables. La Côte d’Ivoire compte environ 23 millions d’hectares de terres rurales à sécuriser, tandis que 8 631 villages doivent être délimités.

À terme, près de 1,5 million de certificats fonciers devraient également être délivrés afin de permettre aux détenteurs de droits coutumiers de bénéficier d’une reconnaissance juridique plus claire de leurs terres.

Cette réforme constitue un chantier stratégique dans un pays où les questions de propriété, de succession, d’exploitation agricole et de délimitation des territoires villageois peuvent parfois être à l’origine de tensions entre communautés.

La sécurisation foncière apparaît donc comme l’un des instruments essentiels permettant de réduire les litiges et d’améliorer durablement la gouvernance des territoires.

L’AFOR au centre du dispositif

Depuis la création en 2016 de l’Agence Foncière Rurale (AFOR), chargée de la mise en œuvre opérationnelle de la politique de sécurisation foncière rurale, plusieurs avancées ont été enregistrées.

Plus de 5 700 villages ont déjà été délimités, tandis que près de 68 000 certificats fonciers ont été délivrés.

À cela s’ajoute la formalisation de plusieurs milliers de contrats agraires permettant de mieux encadrer les relations entre propriétaires terriens, exploitants et autres utilisateurs des terres agricoles.

L’un des principaux objectifs des autorités est désormais d’accélérer le rythme de sécurisation afin d’étendre progressivement la couverture foncière à l’ensemble du territoire national.

La digitalisation pour moderniser la gestion foncière

La transformation numérique constitue également l’un des piliers de cette nouvelle gouvernance.

Les pouvoirs publics misent sur la digitalisation pour améliorer la traçabilité des opérations foncières, limiter les risques de fraude, réduire les délais de traitement des dossiers et renforcer la transparence dans la délivrance des documents.

Dans le domaine urbain, cette modernisation s’appuie notamment sur le Système Intégré de Gestion du Foncier Urbain (SIGFU), destiné à centraliser et sécuriser les informations relatives aux parcelles et aux procédures foncières.

L’utilisation croissante des technologies numériques pourrait également faciliter la constitution d’un cadastre plus fiable et permettre aux administrations, aux collectivités territoriales, aux populations et aux investisseurs d’accéder à des informations foncières mieux structurées.

Quatorze pays attendus à Abidjan

Placée sous le thème « La sécurisation foncière : un facteur de cohésion sociale et un levier pour l’investissement productif, la création d’emplois pour les jeunes et les femmes, ainsi que le développement durable », cette première édition réunira des participants provenant de quatorze pays.

Les rencontres devraient donner lieu à des conférences, panels, échanges d’expériences et discussions techniques autour des réformes foncières, de la digitalisation, du cadastre, des mécanismes de financement et des politiques de sécurisation des terres.

Des administrations publiques, collectivités territoriales, organisations professionnelles, experts, investisseurs, partenaires techniques et financiers ainsi que des représentants du monde agricole sont notamment attendus.

Le Sénégal, invité d’honneur

Le Sénégal sera le pays invité d’honneur de cette première édition.

Sa participation permettra de partager son expérience notamment en matière de cadastre, de sécurisation foncière, d’aménagement du territoire et d’innovation dans la gouvernance foncière.

La présence de plusieurs délégations étrangères traduit également la volonté des organisateurs de favoriser une coopération Sud-Sud et internationale autour d’un enjeu qui concerne de nombreux pays africains confrontés à une croissance démographique rapide, à l’urbanisation et à une pression croissante sur les terres agricoles.

Faire du foncier un moteur de développement

À travers les Journées Foncières d’Abidjan, la Côte d’Ivoire veut ainsi aller au-delà de la seule délivrance de titres ou de certificats.

L’enjeu consiste à construire une gouvernance foncière capable de sécuriser les populations, réduire les conflits, protéger les investissements et faciliter la réalisation de projets agricoles, immobiliers et d’infrastructures.

Dans un contexte de transformation économique rapide du pays, la maîtrise du foncier devient en effet une condition déterminante pour la réussite des politiques publiques.

Du 5 au 7 octobre 2026, Abidjan entend donc placer la question de la terre au centre des réflexions sur l’avenir économique et social du continent, avec une ambition clairement affichée : faire de la sécurisation foncière un instrument de paix, d’investissement et de développement durable.

Source Ministère

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