Accord sur le Brexit : après son succès européen, Michel Barnier rêve-t-il d’un destin national ?

European Commission’s Head of Task Force for Relations with the United Kingdom Michel Barnier looks during a media conference on Brexit negotiations at the EU headquarters in Brussels, on December 24, 2020. – EU chief negotiator Michel Barnier (Photo by Francisco Seco / POOL / AFP) BELGIUM-EU-DIPLOMACY-BREXIT

Du Brexit, l’Histoire retiendra sans doute l’ancien Premier ministre britannique David Cameron qui, par pur calcul politicien, engagea son pays dans un référendum pour sortir de l’Union européenne, pensant naïvement le gagner. Elle retiendra les tristes sires Brexiteurs comme Nigel Farrage et leurs mensonges éhontés dont celui du fameux bus rouge proclamant que la Grande-Bretagne versait 350 millions de livres par semaine à l’UE – ce qui était faux. Elle retiendra aussi le chemin de croix de Theresa May, qui a vécu un véritable calvaire avant de céder sa place au versatile Boris Johnson, plus intéressé par la conquête que par l’exercice du pouvoir.

« Macron m’a assassiné »

L’Histoire retiendra surtout le rôle de Michel Barnier, le négociateur des Vingt-Sept, qui a su incarner avec une patience infinie – un flegme tout britannique pourrions-nous dire – le visage d’une Europe unie. Incontestablement, le Français, par sa pondération, sa détermination, sa connaissance approfondie des arcanes européens, des attentes britanniques et de la psychologie de tous les acteurs de cet épineux dossier, Michel Barnier s’est imposé, devenant sur la scène politique européenne une personnalité de premier plan. Au point de transformer ce succès européen en un destin national ?

Ce serait assurément une belle revanche pour ce discret « montagnard » de Savoie, qui a trouvé à Bruxelles l’épanouissement politique qui lui a fait défaut en France. « Il y a quatre ans, si on vous parlait de Barnier, vous disiez : il est à la retraite, non ? », s’amuse un diplomate cité par Le Monde. Quatre ans plus tard et un accord sur le Brexit arraché in extremis, « il a accédé à une reconnaissance de chef d’Etat », estime Clément Beaune, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes. Un parcours qui doit beaucoup à sa détermination, sa résilience peut-être même. Car Michel Barnier a pris des coups. Il y a quatre ans, il semblait cornérisé : celui qui était commissaire au Marché intérieur et aux services financiers espérait, en effet, conquérir la présidence de la Commission européenne, mais il avait dû s’incliner face à Jean-Claude Juncker. En 2015, c’est l’UMP qui lui avait refusé une investiture pour les élections régionales, renvoyant M. Barnier au rôle de simple conseiller défense de Juncker.

Le coup de tonnerre du Brexit lui a permis de revenir en première ligne et de montrer ses capacités de négociateur inflexible, ce qui n’était pas évident puisque Londres espérait toujours fissurer le front uni des Vingt-Sept.

Le négociateur Barnier fait des miracles et suscite l’admiration de tous. Il se reprend même à rêver d’une nouvelle candidature à la présidence de la Commission européenne en 2019, en héritier de Jacques Delors… jusqu’à ce qu’Emmanuel Macron n’appuie la candidature de l’Allemande Ursula von der Leyen. « Macron m’a assassiné », confie alors Barnier, qui tentera en vain d’obtenir un nouveau poste de commissaire. Mais l’UE serait mal avisée de changer de négociateur. Alors Michel Barnier poursuit sa tâche de bénédictin, consciencieusement. Lorsqu’à l’été 2020, Emmanuel Macron veut changer Edouard Philippe, son nom circule avant que Jean Castex ne soit choisi comme Premier ministre.

Avec l’accord du Brexit – et donc la fin de sa mission –, Michel Barnier, 70 ans le 9 janvier, change de dimension et sa méthode tout en consensus éclaire aussi peut-être d’un jour nouveau son long parcours. Ce gaulliste social a occupé de multiples mandats – Conseiller général de la Savoie pendant 26 ans, président du Conseil général de ce département, député, sénateur – et des fonctions ministérielles dans ses deux domaines de prédilections : l’environnement (ministre d’Edouard Balladur puis Agriculture de 2007 à 2009) et la diplomatie (Affaires européennes de 1995 à 1997, Affaires étrangères de 2004 à 2005). Malgré cela, Michel Barbier a souvent été sous-estimé voire brocardé par sa propre famille politique pour sa raideur et son peu de charisme…

« Je vais maintenant consacrer dans mon pays toute mon énergie »

Cela pourrait désormais bien changer. Jeudi soir sur France 2, Michel Barnier a fait part de son envie de France. « Je suis montagnard, j’aime les parcours où il faut faire preuve de persévérance. J’ai besoin de me reposer, et aussi de retrouver les Français. La France me manque depuis quatre ans et demi et donc je vais maintenant consacrer dans mon pays toute mon énergie », a expliqué Michel Barnier. « Je pense que ce pays est dans une telle situation avec beaucoup de difficultés, beaucoup d’injustices, un manque de respect un peu partout. Je crois que notre pays a besoin de toutes les énergies et je vais lui apporter l’énergie dont je dispose aujourd’hui. Il faut se rassembler, réfléchir ensemble à ce que l’on peut faire pour notre pays, retrouver la confiance avec les territoires, le respect de l’autorité qu’il faut rétablir, la croissance écologique… »

En 2014, le dernier livre de Michel Barnier – qui va en écrire un sur le Brexit – s’intitulait « Se reposer ou être libre ». Visiblement, le Savoyard a bien l’intention de ne pas se reposer…

Source Essentiel

Challenges Radio

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