Inflation : ce que font les autres pays pour soutenir le pouvoir d’achat

De l’Allemagne à l’Italie en passant par la Norvège, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, un peu partout dans le monde les pays multiplient les mesures pour tenter de limiter l’impact de la hausse des prix sur le pouvoir d’achat des ménages. Quand certains privilégient des indemnités versées aux ménages les plus en difficulté, d’autres choisissent plutôt d’instaurer des baisses d’impôt.

Ce sont des mesures très attendues par les Français qui constatent, chaque jour davantage, les effets de l’inflation sur leur consommation, leurs trajets en voiture, leurs loisirs…Le 6 juillet, le projet de loi sur le pouvoir d’achat sera présenté en Conseil des ministres avant d’être soumis aux différents groupes politiques de l’Assemblée nationale dans l’espoir de trouver rapidement un consensus. Le projet de loi prévoit, notamment, une hausse rétroactive au 1er juillet d’une série de prestations sociales ainsi que de la prime d’activité ou encore des pensions de retraite. Comme annoncé mardi par le ministre de la Fonction publique, Stanislas Guérini, le point d’indice sera, lui aussi, revalorisé de 3,5%. Enfin, on peut citer pêle-mêle l’élargissement (et la revalorisation) de la « prime transport », le plafonnement de la hausse du prix des loyers, le doublement de la « prime Macron » et la nouvelle indemnité inflation versée en septembre directement sur le compte en banque des ménages.

Autant de dépenses qui sont consignées dans le projet de loi de finances rectificative (PLFR), transmis par l’exécutif aux hauts conseils des finances publiques. Et si Bercy n’a pas voulu communiquer le chiffrage exact des dépenses de ces mesures, les premières estimations avoisinent 25 à 30 milliards d’euros. Elles viennent s’ajouter à celles engendrées par les précédentes mesures de pouvoir d’achat prises plus tôt dans l’année comme le « bouclier tarifaire », garantissant un gel des tarifs de gaz et d’électricité ou encore l’envoi d’un chèque inflation à de nombreux ménages, pour un coût total de 26 milliards d’euros.

À l’image du plan de relance de 100 milliards d’euros ou encore du « quoi qu’il en coûte » qui a permis de soutenir l’économie au plus fort de la crise sanitaire, la France ne lésine pas sur les mesures de soutien accordées à ses ménages pour les aider à faire face à l’inflation qui a atteint 5,2% sur un an, en mai dernier. Mais qu’en est-il des autres pays ? Hésitent-ils, contrairement à la France, à mettre la main au portefeuille pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages, quitte à prendre le risque d’alourdir la dette du pays ?

L’Allemagne, où l’inflation atteignait 7,9% en mai dernier, a annoncé au printemps une série de mesures destinées à protéger le pouvoir d’achat de ses ménages. Pour les prix à la pompe, elle fait d’ailleurs mieux que la France avec une ristourne de 35 centimes sur un litre d’essence, contre 15 à 18 centimes en France, et 17 centimes sur le litre de diesel. L’Etat allemand a également fait baisser le prix de l’abonnement mensuel aux transports en commun de 86 à 9 euros. Autre mesure emblématique : le versement exceptionnel de 300 euros à tous les salariés imposables et de 100 euros supplémentaires aux ménages les plus pauvres ainsi qu’un bonus de 100 euros par enfant, en complément des allocations familiales. Un coup de pouce qui se chiffre en plusieurs milliards d’euros sans que le montant précis n’ait encore été communiqué. Toutefois, le gouvernement a annoncé planifier une rallonge budgétaire et une hausse des nouvelles dettes prévues pour l’année 2022.

 

L’Italie : des mesures financées par les « surprofits » des grosses entreprises

En Italie, l’inflation atteint, comme dans toute la zone euro, des records et a conduit le gouvernement à adopter différentes mesures de soutien économique aux ménages et aux entreprises. On y retrouve aussi la ristourne sur le carburant avec une réduction de 30 centimes des taxes par litre de carburant. Début mai, Rome a également annoncé un bonus de 200 euros pour les 28 millions d’Italiens ayant des revenus inférieurs à 35.000 euros. « Ces mesures représentent 14 milliards d’euros, qui s’ajoutent aux 15,5 milliards déjà prévus, on arrive donc à un total de près de 30 milliards d’euros, soit deux points de pourcentage du PIB », avait alors déclaré le Premier ministre, Mario Draghi. Toutefois, ces mesures ont été prises « sans recourir à une rallonge budgétaire », avait-il assuré. Et pour cause, leur coût est compensé par une taxe sur les « surprofits » des sociétés du secteur de l’énergie, comme l’avait expliqué le ministre de l’Economie Daniele Franco. Une taxe de 10% devra, en effet, être prélevée sur les bénéfices « supplémentaires » avant impôt réalisés par les entreprises concernées entre octobre 2021 et mars 2022 au regard des profits engrangés sur la même période l’année précédente.

En Norvège, l’Etat en soutien des dépenses d’électricité

C’est le pays européen le plus dépendant de l’électricité pour le chauffage. Or les prix de celle-ci atteignent des sommets depuis plusieurs mois. Avant même le déclenchement du conflit le 24 février, l’État norvégien a mis en place un programme d’aide à deux reprises en janvier couvrant 80% des coûts d’électricité lorsque le prix du marché atteint un certain prix par kilowattheure, précise Bloomberg. Un mois plus tôt, la Norvège avait déjà annoncé un programme d’aide de plus de 8 milliards de couronnes (777 millions d’euros)

Au Royaume-Uni, un plan de 15 milliards de livres

15 milliards de livres (plus de 17 milliards d’euros). C’est le montant du plan d’aides dévoilé le 26 mai par le ministre britannique des Finances, Rishi Sunak, en grande partie destiné aux ménages modestes. Il fait suite à un premier plan datant de février, mais qui avait été jugé largement insuffisant. Selon un communiqué du Trésor britannique, « près d’un ménage sur 8 parmi les plus vulnérables au Royaume-Uni recevra au moins 1.200 livres cette année, y compris un paiement unique de 650 livres face au coût de la vie, une hausse du revenu minimum (Universal Credit) de 400 livres et un doublement de la réduction sur les factures énergétiques » pour octobre. Ainsi, avec les mesures évaluées à 22 milliards de livres déjà annoncées, le total des aides face « au coût de la vie pour les ménages à bas revenus atteint 37 milliards de livres cette année », relève le Trésor.

Comme dans le cas de l’Italie, ce nouveau plan sera financé par une taxe « temporaire de 25% sur les bénéfices énergétiques pour les entreprises de pétrole et gaz, reflétant leurs profits extraordinaires » depuis l’invasion russe en Ukraine, précise le communiqué.

Les Etats-Unis baissent leurs impôts

À défaut de distribuer des indemnités ou autre chèque inflation comme en France, les Etats-Unis pratiquent la baisse des taxes, voire leur suspension. Selon la Tax Foundation, un groupe de réflexion américain, cité par le New York Times, plus d’une trentaine d’Etats étaient, en mai dernier, en passe d’adopter un allègement fiscal. D’autres l’ont déjà fait comme le Nouveau-Mexique qui a accordé une baisse de taxes de 1000 dollars aux ménages impactés par la hausse des prix du carburant, ou encore l’Iowa, l’Indiana et l’Idaho qui ont réduit les impôts sur le revenu de leurs contribuables.

À l’échelle du pays, Joe Biden a, lui, appelé le Congrès américain à adopter une suspension des taxes sur le carburant pendant l’été. La taxe fédérale sur l’essence qui s’élève à 18 cents par gallon (3,8 litres) serait donc levée pour une durée de 90 jours.

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