Le Gabon s’apprête à exporter ses premiers médicaments génériques sur le continent

En novembre 2020, Ali Bongo Ondimba, le président du Gabon, inaugurait La Santé pharmaceutique (LSP), la première usine de fabrication de médicaments génériques du pays, située à 27 km de Libreville dans la Zone économique spéciale (ZES) de Nkok, afin de s’extraire d’une ultra-dépendance des médicaments fabriqués à l’étranger. En dépit du manque de compétences locales, le Gabon accélère sa marche vers l’indépendance pharmaceutique et s’apprête à exporter ses médicaments génériques.

Au cœur de la zone économique spéciale (ZES) de Nkok, la première usine de fabrication de médicaments du Gabon et la plus grande de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) s’apprête à passer à la seconde phase de son développement afin de garantir aux Gabonais, mais aussi aux Africains de la sous-région, un accès aux médicaments essentiels à des prix compétitifs et répondant aux normes internationales (selon l’Organisation mondiale de la Santé, le marché illégal des médicaments non conformes aux normes et falsifiés représenterait plus de 60% des produits écoulés dans les pays les moins avancés dits « PMA »).

A ce jour, le continent africain importe plus de 80% de ses médicaments de l’étranger (essentiellement d’Inde et de Chine), selon les Nations unies. Aussi, l’implantation du site de production de médicaments génériques au Gabon a été accueillie comme une véritable révolution sanitaire.

Moins d’un an après son ouverture et malgré la pandémie de Covid-19, l’usine pharmaceutique est en capacité de fabriquer une trentaine de médicaments génériques (comprimés, gélules, pommades et sirops conformes) dont les prix à l’achat sont de 30% à 40% moins chers que ceux qui circulent actuellement sur le marché privé gabonais. Dans sa deuxième phase, LSP produira des injectables et des glucosés, mais aussi des antirétroviraux.

Vers un renforcement des compétences pharmaceutiques

« Nous nous sommes installés à Nkok, car nous avons été contactés par le groupe OLAM et par la GSEZ qui nous ont convaincus », explique Rajeev Lilas, le directeur général de LSP dont la maison-mère située en Inde (le premier exportateur de médicaments génériques au monde), a investi 20Mds de F. CFA pour financer le site de production de 25.000 m2, doté d’équipements de dernier cri. Après le Maroc, le Kenya, la Tunisie, l’Afrique du Sud ou l’Egypte, le Gabon s’est à son tour, doté d’un site de production pharmaceutique. L’usine importe ses matières premières notamment d’Europe, tout en utilisant les ressources nationales, dans un pays recouvert à plus de 85% par la forêt.

« Nous accueillons des experts venus d’Inde pour une période de 2 ans afin d’assurer un transfert de compétences », précise Fatima Nkoma, la directrice des ressources humaines (DRH) de l’entreprise. « Nous avons rencontré de nombreuses difficultés dans nos processus de recrutement (malgré le support de plusieurs cabinets de recrutements), faute de compétences disponibles au Gabon (…) Nous avons donc proposé nos propres formations en interne et nous avons passé différents partenariats. C’est notamment le cas avec une école de santé au Maroc. Nous avons d’ailleurs quatre stagiaires marocains à LSP en ce moment » ajoute-t-elle.

« Nous favorisons en particulier l’embauche et l’insertion des jeunes. A l’issue de ces stages, il y a éventuellement des embauches à la clé » précise la DRH. A ce jour, LSP compte 100 salariés, dont 80% de Gabonais et 50% de femmes. Les 20% d’étrangers viennent compléter cette équipe en apportant leur expertise respective.

Le Gabon, prochain hub pharmaceutique régional ?

La Santé pharmaceutique est désormais en capacité de produire quotidiennement 1 million de comprimés, 150 000 flacons de sirop, 50 000 pommades et 500 000 gélules. L’entreprise vend ses médicaments à deux grossistes privés (PharmaGabon et Ubipharm), mais aussi à l’Office pharmaceutique national (OPN).

Selon le directeur général de LSP, les discussions autour de l’exportation des médicaments de LSP au Congo, au Cameroun, au Sénégal et en Guinée équatoriale, sont d’ores et déjà bien avancées et devraient se matérialiser dans les mois à venir. Parallèlement, l’entreprise ne dispose pas encore d’agrément pour écouler ses productions auprès des détaillants (pharmacies), mais les négociations avec le ministère gabonais de la Santé sont également en cours.

A l’heure où la pandémie de Covid-19 a rappelé l’urgence d’une production pharmaceutique locale, LSP se présente comme une alternative régionale attendue qui propose des médicaments à des prix défiant toute concurrence. A ce jour, La Santé pharmaceutique produit, par exemple, du Sanzithro (Azithromycine), du Sacetam (Paracétamol) du laprofen (Ibuprofen) et a écoulé au plus fort de la crise sanitaire, plus de 50 000 flacons de gels hydroalcooliques, en pleine pénurie mondiale.

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