L’incertitude mondiale nuance l’optimisme autour la croissance africaine

En 2024, l’Afrique restera la région du monde à la croissance la plus rapide juste après l’Asie, en hausse à 4%, confirmant sa résilience. Mais pour le Banque africaine de développement (BAD) qui publie ses perspectives annuelles, la « grande incertitude mondiale » qui prévaut, place le continent face à certains risques non négligeables.

Après le ralentissement de la croissance du PIB de l’Afrique l’an dernier à 3,1%, le continent devrait voir ce chiffre grimper à une moyenne de 4% au bout de l’année en cours, marquant une nouvelle fois la « résilience remarquable » de la région face aux chocs mondiaux, révèle le rapport sur les perspectives économiques régionales publié à Nairobi par la Banque africaine de développement (BAD) qui tient ses assemblées annuelles du 27 au 31 mai dans la capitale kenyane. Une performance qui fera une fois de plus de l’Afrique, la région du monde à la croissance la plus rapide derrière l’Asie et juste devant l’Europe.

« Optimisme prudent »

Placé sous le thème « Impulser la transformation de l’Afrique par la réforme de l’architecture financière mondiale », l’étude souligne l’optimisme que suscitent les indicateurs macroéconomiques des pays africains, mais nuance. « Les perspectives économiques positives de l’Afrique s’accompagnent toutefois d’un optimisme prudent, compte tenu de la grande incertitude mondiale et des tensions géopolitiques », déclarent les économistes de l’institution panafricaine. Si l’invasion russe en Ukraine a freiné le vif élan de la relance post-Covid avant que des alternatives ne soient trouvées en faveur des approvisionnements clés dans le monde -permettant à de nombreuses économies y compris africaines de retrouver un certain dynamisme- la persistance de ce conflit auquel s’est ajouté la guerre Hamas-Israël, le tout dans un contexte inflationniste, de hausse des taux d’intérêt et de défis climatiques, fait peser le spectre de l’incertitude.

De plus la croissance attendue sur le continent n’est pas homogène. D’un point de vue sous-régional, l’Afrique de l’Est en est la locomotive, grâce un bond remarquable attendu à 4,9% contre 1,5% l’an dernier. Le Centre (4,3%) et l’Ouest (4,2%) du continent lui emboitent le pas, tandis que l’Afrique du Nord devrait reculer à 3,6%, quand l’Afrique australe (2,2%) bien qu’en mode redressement serait le parent pauvre de la croissance africaine.

Sous un autre angle, la tendance à la stabilisation des chiffres du tourisme pourrait desservir les économies dépendantes de ce secteur, tandis que les pays pétroliers sont exposés à un léger ralentissement économique suite à la baisse des objectifs de production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Les pays miniers devraient, en revanche, se consolider grâce à la hausse de la demande en Chine, tandis que les investissements publics accrus dans les principaux secteurs de croissance sauveront les économies peu riches en ressources.

Le financement en question, encore et toujours!

Les économistes de la BAD estiment que les pays du continent en général courent le risque d’être sous pression si les tensions inflationnistes et les freins au commerce et à l’investissement persistent. Et alors que le déficit de financement de l’Afrique pour rattraper ses retards de développement et accélérer sa transformation structurelle d’ici 2030 s’élèvent à 402 dollars par an, l’institution basée à Abidjan prône la réforme du système multilatéral mondial. « L’architecture financière mondiale est confrontée à un certain nombre de défis en termes d’incapacité à fournir à l’Afrique les financements dont elle a besoin pour atteindre les objectifs de développement durable… », a déclaré le président de la BAD Akinwumi Adesina, estimant la réforme « plus que nécessaire ».

L’urgence de cette réforme réside en outre dans le fait qu’en plus de ses importants besoins de financements, le continent doit dealer avec la problématique de la dette et des taux d’intérêts toujours plus élevés pour les pays africains. Sur la seule année 2024, la facture du service de la dette pour les pays africains s’élève à près de 74 milliards de dollars, alors qu’elle n’était que de 17 milliards de dollars en 2010.

Si les droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international (FMI) sont regardés comme révolutionnaires, encore plus depuis l’approbation mi-mai du capital hybride comme instrument éligible pour la canalisation des DTS, les organisations panafricaines et les pays continuent de militer pour une totale libération de ces DTS notamment via les banques de développement du continent.

La piste des IDE (aussi)

Pour accroitre les possibilités de financement de la transformation de l’Afrique, les économistes de la BAD estiment qu’il faudrait également relever les défis liés à l’attraction des investissements directs étrangers (IDE) dans les pays, que sont la stabilité politique, bonne gouvernance et stabilité des prix entre autres. En raison de ces facteurs, les IDE de l’Afrique ont dégringolé de 47% en valeur en 2022, pour totaliser 45 milliards de dollars. Pourtant, « entre 1990 et 2022, seule l’Europe a attiré plus d’IDE en part du PIB que l’Afrique, avec une moyenne de 2,3%, contre 1,9% pour l’Afrique et 1,6% pour les continents américain et asiatique », indiquent les auteurs du rapport pour signifier la trajectoire positive sur laquelle se trouvait le continent.

Désormais, mobiliser toutes les sources de financements à des coûts moindres devient une priorités pour les Etats africains qui ont, eux aussi, leur lot d’obligations à remplir (amélioration des ressources internes, réformes…) afin d’étendre les champs des possibles pour la transformation de l’Afrique.

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