Private Equity : Phatisa mobilise des institutions d’Europe et d’Amérique pour l’agrobusiness en Afrique

Opérant sur plus de 20 marchés africains, le fonds d’investissement basé à Maurice annonce la clôture finale à 140 millions de dollars de son deuxième fonds (Phatisa Food Fund 2) dont plus de 57% sont apportés par des institutions de financement du développement d’Europe et d’Amérique. Visant notamment à booster la production agricole, ces fonds seront investis dans toute la chaine de valeur alimentaire à travers le Sud du Sahara.

C’est un nouveau pas vers la concrétisation de son ambition africaine. Pour Phatisa Food Fund 2 (PFF 2), son deuxième fonds dédié à l’agro-alimentaire, Phatisa a réussi à mobiliser d’importantes institutions d’Europe et d’Amérique. Le fonds d’investissement basé à Maurice et opérant sur une vingtaine de marchés en Afrique subsaharienne vient de réaliser la clôture finale de PFF 2 à 140 millions de dollars, dont 80 millions sont apportés par un groupe d’institutions de financement du développement. Ce dernier est constitué du britannique CDC Group (30 millions), le norvégien Norfund (20 millions), le finlandais Finnfund (15 millions) le canadien FinDev Canada (10 millions) et le belge BIO (7 millions), précise la firme dans un communiqué, soulignant que les 60 millions restant sont pourvus par divers investisseurs.

A la base, le PFF 2 vise notamment à booster la production agricole de 3 millions de tonnes, créer plus de 2 000 emplois dans l’alimentation et l’agriculture, tout en appuyant les petits exploitants et micro-entrepreneurs à travers les marchés d’activité de Phatisa en Afrique. En outre, les fonds présentement mobilisés seront investis dans toute la chaine de valeur alimentaire (intrants, mécanisation, production de volaille et de viande, transformation et la fabrication des aliments, logistique, distribution…) sur ces marchés parmi lesquels l’Afrique du Sud, le Kenya, la Zambie et la Côte d’Ivoire où la firme de private equity détient des bureaux. « Tout au long du cycle d’investissement du Fonds et grâce à ses investissements dans des équipes de gestion talentueuses et motivées, nous visons à créer de la valeur partagée ; de la croissance inclusive et durable ; et relever les défis sociaux et environnementaux qui affectent certaines des personnes les plus marginalisées d’Afrique », a commenté Stuart Bradley, Managing Partner chez Phatisa qui salue l’engagement des institutions de financement du développement dans ce fonds.

Saisir l’« opportunité »

De leurs côtés, ces institutions entendent saisir une « opportunité », au moment où l’amélioration de la chaîne de valeur dans le secteur alimentaire et agroalimentaire africain relève de plus en plus de l’urgence, notamment après les différents impacts de la crise de Covid-19. En quelque sorte chef de file de consortium d’investisseurs institutionnels dans ce fonds, le britannique CDC annonçait déjà les couleurs de cette orientation lorsqu’il dévoilait récemment ses plans sur le continent en 2021 : plus de 1 milliard de dollars à injecter dans des entreprises, avec l’agrobusiness en pole position parmi les secteurs cibles.

A travers cet investissement dans le 2ème fonds de Phatisa, l’institutionnel britannique entend contribuer à « relever l’un des défis les plus urgents de l’Afrique », un continent où les importations alimentaires qui augmentent sans cesse devraient atteindre plus de 110 milliards de dollars en 2025, contre 35 milliards de dollars en 2015, selon la Banque africaine de développement (BAD). Et cela, pendant que la région, qui cumule pourtant les records de production mondiale, reste un grand exportateur de matière première agricole brute. « En mobilisant des capitaux et en investissant dans la chaîne de valeur de l’alimentation et de l’agriculture, nous pouvons avoir un impact considérable, maintenir l’emploi et améliorer la sécurité alimentaire sur tout le continent, tout en réduisant la dépendance à l’égard des importations », a déclaré Clarisa De Franco, directrice générale et responsable des fonds de capital-investissement chez CDC Group.

Une mobilisation financière qui vient à point nommé ?

Cela démontre encore l’engouement des investisseurs pour l’agro-industrie africaine, observé depuis quelques années et encouragé notamment par diverses études dont celles de la Banque mondiale. L’institution de Bretton Woods en effet prévoit que le secteur agroalimentaire africain pèse environ 1 000 milliards de dollars d’ici 2030, si tout est fait pour son développement. « Les arguments en faveur d’investissements dans l’agroalimentaire et dans l’alimentation en Afrique sont vraiment convaincants. […] Anticipant sur un scénario de raréfaction des ressources et de sécurité alimentaire, les investisseurs devraient reconnaître que l’Afrique dispose du plus grand potentiel – en termes de production alimentaire – pour répondre aux besoins exponentiels de la population mondiale », déclarait Eugene Stals, chief investment officer chez Phatisa, lors d’un entretien avec La Tribune Afrique.

Et cet entrain des investisseurs est plutôt une bonne nouvelle pour les entreprises africaines investies dans le domaines agricole et agro-alimentaire. Car, alors qu’il est désormais question d’accroitre la production de qualité à toutes les échelles et embrasser une fois pour toute le chemin de la transformation, le financement constitue l’un des facteurs fondamentaux de réussite.

Par Ristel Tchounan

Challenges Radio

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