Quelle place pour l’Afrique dans la gouvernance numérique mondiale ?

Alors que les innovations technologiques africaines continuent de susciter un vif intérêt auprès des investisseurs étrangers, la voix du continent dans le concert des nations en matière de gouvernance numérique reste quasi-inaudible. En marge du Sommet des Chefs d’Etat, organisé par le président Macron sur fond de pandémie, La Tribune Afrique reviendra sur la question à l’occasion du CONNECT54′ « Quelle place pour l’Afrique dans la gouvernance numérique mondiale ? », le 20 mai prochain.

La pénurie d’équipement, le manque de personnels qualifiés et la difficile application des gestes barrières dans un certain nombre de pays africains, ont dévoilé les fragilités sanitaires du continent, depuis le début de la pandémie. Simultanément, les mécanismes multilatéraux ont été mis à rude épreuve et de nouvelles rivalités sont apparues, en particulier autour de l’acquisition des équipements de protection individuelle (EPI) et des vaccins. Pourtant, face à la vigueur de la COVID-19, le recours aux institutions multilatérales est apparu comme un pré-requis pour définir des stratégies de défense sanitaire concertées, mais aussi des plans de relance économique sans précédent, à l’échelle internationale.

Dans ce contexte inédit, les nouvelles technologies ont répondu à de nombreux défis d’un quotidien bouleversé par les restrictions sanitaires et logistiques. Toutefois, les pays africains restent largement dépendants de leurs partenaires étrangers, tant au niveau des infrastructures que des datas. La fondation Mo Ibrahim, dans son rapport « COVID-19 en Afrique » en appelle à « une gouvernance coordonnée, un renforcement des structures sanitaires et une meilleure collection des datas » ? La crise sanitaire a notamment fait ressurgir l’épineuse question de l’identité numérique. Elle a aussi mis en exergue le faible écho du continent dans le concert des nations. Alors que l’Afrique abrite 17% de la population mondiale, elle n’avait reçu en avril, que 0,5% des doses de vaccins distribuées.

De quelle manière l’Afrique peut-elle s’appuyer sur la technologie pour se faire entendre davantage et renforcer non seulement sa visibilité, mais également son poids en matière de gouvernance mondiale ? Comment les Etats africains font-ils face à la gestion et au stockage des datas ? Sous quels angles la question du contrôle des infrastructures numériques est-elle appréhendée ? Quelles sont les initiatives panafricaines en matière de gouvernance numérique ?

Entre harmonisation des normes 2.0 et renforcement des financements

Depuis l’apparition du SARS-CoV-2, la technologie s’est imposée avec son lot d’innovations comme l’une des solutions « sans frontière » pour lutter contre la propagation du virus, à travers des applications de tracking ou encore, en permettant télétravail, consultation en e-santé et e-learning… L’Afrique s’appuie de plus en plus, sur les nouvelles technologies pour élaborer des solutions locales, favorisées par l’augmentation régulière des investissements. Selon Partech-Africa, en 2020, avec 359 levées de fonds en equity qui ont profité à 347 startups (contre 250 en 2019), le nombre de startups financées n’a jamais été aussi important et enregistre une hausse de +44% par rapport à 2019. Le rapport « e-Conomy Africa 2020 », la Société financière internationale (SFI) et Google estiment que l’économie digitale pourrait contribuer pour 180Mds USD à l’économie africaine d’ici 2025. Ces indicateurs laissent entrevoir de belles perspectives de développement numérique pourtant, au niveau de la gouvernance 2.0, l’Afrique est à la traîne. Alors que les investissements dans le secteur de l’économie digitale seront au programme du Sommet des Chefs d’Etat organisé par le président Macron, consacré au financement des économies africaines, quelle sera la place accordée aux débats relatifs à la souveraineté numérique ?

Les infrastructures numériques (data centers, fibre et câbles sous-marins, etc.) restent majoritairement les propriétés des géants du secteur, dont MTN est le seul représentant africain. Au niveau mondial, l’Afrique n’abrite que 1% des data centers. Pourtant, afin de garantir la souveraineté des données sensibles liées à l’identité numérique et à la santé en particulier, il faut pouvoir s’assurer de disposer des hébergements nécessaires au niveau national et de l’énergie suffisante pour pouvoir réguler la température des serveurs…

Harmoniser les législations, créer des référentiels régionaux et se positionner face aux normes internationales sont autant d’autres défis auxquels s’attèle depuis quelques années l’Alliance Smart Africa dirigée par Lacina Koné. Cette initiative intergouvernementale réunit à ce jour 35 pays africains, pour établir les bases d’une gouvernance numérique panafricaine, mais la route est encore longue vers une harmonisation des règles 2.0 sur le continent. Actuellement, seulement 55% des pays africains dispose d’une loi sur la protection des datas et la Convention de Malabo de l’Union africaine (UA), aussi appelée « Convention sur la cybersécurité et la protection des données a caractère personnelles » de 2014, n’a été signée que par une douzaine de pays.

Comment s’exprime la volonté politique en matière de souveraineté numérique en Afrique aujourd’hui ? Dans quelle mesure la pandémie de Covid-19 peut-elle faire évoluer le débat autour de la gouvernance numérique sur le continent ? La Tribune Afrique vous donne rendez-vous le 20 mai 2021, à l’occasion du Connect 54′ : « Quelle place pour l’Afrique dans la gouvernance numérique mondiale ? » qui réunira un panel d’invités de haut niveau.

Par Marie France Reveillard

Challenges Radio

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