[Tribune] Aidons les femmes et les jeunes filles à prendre le pouvoir !

Par  Yaye Hélène Ndiaye, Fondatrice et Directrice de KITAMBAA et Yacine Djibo, Fondatrice et Directrice exécutive de Speak Up Africa.

La pandémie de la COVID-19 a plongé le monde dans une profonde crise économique et a accentué les inégalités. Parmi les personnes les plus touchées : les femmes et les jeunes filles, surtout celles vivant en situation de vulnérabilité dans des pays à revenus faibles ou intermédiaires. Si la COVID-19 a exacerbé les inégalités entre les genres, bon nombre d’entre nous –militants et agences intervenant sur les questions de genre et de développement -avons uni nos forces pour plaider en faveur de l’égalité des sexes et des droits des femmes.

Un débat sur la gestion de la santé et de l’hygiène menstruelle en amont du Forum Génération Égalité à Dakar dédié à l’égalité des genres.

La gestion de la santé et l’hygiène menstruelle est une composante quotidienne de la vie de près de la moitié de la population mondiale. Pour les femmes et les jeunes filles, avoir accès aux conditions nécessaires à une bonne santé et hygiène menstruelle est un droit fondamental et un marqueur clé du progrès. À l’heure actuelle, environ 800 millions de jeunes filles et de femmes ont leurs règles à travers le monde. Malgré cet état de fait, un tiers d’entre elles n’ont pas accès à de l’eau propre, à des installations d’assainissement et des produits d’hygiène de qualité pour gérer leurs menstruations de manière sûre et efficace. Rien qu’au Sénégal, les femmes perdent jusqu’à 45 % de leurs revenus pendant les cinq jours en moyenne que durent les règles, 40 % des filles âgées de 9 à 17 ans s’absentent de l’école au moins une fois par semaine pendant leurs règles. Ainsi, on note un taux de déperdition scolaire de 7.7% chez les filles en âge d’avoir leurs menstruations. Il faut faire davantage pour les questions de santé et d’hygiène menstruelle deviennent des priorités à tous les niveaux.

Dans le but de susciter un engagement des décideurs et des communautés, de nombreuses initiatives associatives se mettent en place au Sénégal. Pour preuve, l’organisation de plaidoyer Speak Up Africa et l’entreprise sociale KITAMBAA mettent en œuvre des actions concrètes visant à favoriser une meilleure gestion de la santé et de l’hygiène menstruelle dans le cadre de l’initiative La Francophonie avec Elles pour appuyer les femmes de Sandiara durant cette période difficile. Doté de moyens sans précédents ce fonds finance des actions sur le terrain permettant aux femmes et aux jeunes filles d’accéder au développement économique, à l’éducation, à la santé, à un environnement sain, à la citoyenneté et à des formations.

Ainsi demain en amont du Forum Génération Égalité** qui se tiendra à Paris du 30 juin au 2 juillet et d’une déclinaison à Dakar le 1er juillet, KITAMBAA et Speak Up Africa ont organisé un panel* réunissant des acteurs clés engagés pour l’amélioration des conditions de vie des femmes et des jeunes filles. Le panel conviait Martine Diome, Présidente de la Fédération des Groupements de Promotion Féminine de Sandiara, le Dr Serigne Guèye Diop, Maire de Sandiara, Ndèye Mingué Gacko, Coordinatrice de la Cellule Genre au Ministère de la Santé et de l’Action Sociale, et Arame Gueye, Directrice Exécutive de Social Change Factory. Son objectif était  de faire le point sur la situation des politiques publiques, des financements et des pratiques en matière de santé et d’hygiène menstruelle au cours de cette dernière décennie. Par ailleurs, il avait aussi vocation à sensibiliser les collectivités territoriales dans l’élaboration et le plaidoyer pour l’adoption de politiques publiques qui prennent charge la Gestion de l’Hygiène Menstruelle.

Ce Forum évoquera les engagements concrets et durables en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. Si à l’échelle mondiale, les femmes parviennent de plus en plus à atteindre des fonctions politiques, elles ne représentent que 23,7% des effectifs des parlements nationaux, bien loin encore de la parité. Alors que dans 46 pays, les femmes détiennent désormais plus de 30% des sièges au parlement national dans au moins une chambre.

Voir le monde à travers une lentille féministe intersectionnelle voudrait dire reconnaitre l’existence des systèmes de discrimination qui se chevauchent et qui sont fondés sur de multiples marqueurs de l’identité sociale, tels que le genre, la race, la classe ou le handicap. Ainsi, de nombreuses femmes et jeunes filles continuent à faire face à des difficultés pour gérer leurs menstruations dans leur quotidien tel que l’accès à l’eau, l’impossibilité d’acheter des produits hygiéniques ou bien le traumatisme de la  première expérience de  leurs règles. Même avant la pandémie, l’inégalité entre les sexes, les normes sociales discriminatoires, les tabous culturels, la pauvreté et le manque d’accès à des services et à des infrastructures d’assainissement de base contribuaient à ce les besoins en matière de santé et d’hygiène menstruelle soient négligés. Aujourd’hui, l’impact est encore plus dévastateur.

Même s’il faudra sans doute du temps pour s’attaquer aux éléments psychologiques et sociétaux de cette situation, il existe des moyens pour soutenir les femmes. La campagne « La gestion de l’hygiène menstruelle : du tabou au pouvoir économique » vise à renforcer la capacité des femmes à développer des activités qui leur procurent un revenu, à inciter les autorités à mettre en œuvre des politiques publiques et à améliorer les connaissances en partageant librement les informations. Ces initiatives sont essentielles pour que les femmes et les jeunes filles puissent gérer leurs menstruations dans la dignité, mais elles ne constituent qu’une première étape.

Pour assurer un véritable progrès et une réelle croissance, nous devons également briser les tabous qui entourent les règles dans les cercles familiaux et scolaires, et impliquer activement les jeunes, surtout les garçons et les hommes pour les sensibiliser et les inviter à prendre la parole sur ces questions. Une approche multisectorielle est cruciale – après tout, les menstruations affectent tous les aspects de la vie d’une femme. Les gouvernements, les organisations de la société civile, les ONG et les communautés doivent être inclus dans ces conversations. Si les menstruations étaient auparavant considérées comme « l’affaire des femmes », ce n’est plus le cas ; elles sont l’affaire de tous.

Nous devons nous rappeler que l’autonomie des femmes contribue également au développement de nos sociétés et garantit que nous pouvons tous progresser et grandir ensemble. Il convient de continuer à regarder vers l’avenir.

En soutenant les initiatives destinées à améliorer la condition des femmes, nous encourageons le progrès.

Brisons les tabous liés aux menstruations ! et mettons fin à l’inégalité entre les sexes qui empêche notre monde de réaliser son plein potentiel.

Challenges Radio

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