Dette-contre-développement de la Côte d’Ivoire veut suivre la Banque mondiale

Dette-contre-développement de la Côte d’Ivoire veut suivre la Banque mondiale

La Banque mondiale a récemment salué l’accord de conversion de dette en projets de développement en Côte d’Ivoire comme un modèle novateur, susceptible d’être répliqué dans d’autres pays à revenu intermédiaire confrontés à des défis similaires en matière d’endettement et de développement durable.

Un mécanisme gagnant-gagnant

L’accord conclu en 2024 entre la Côte d’Ivoire, ses créanciers bilatéraux et la Banque mondiale permet de réaffecter une partie de la dette publique extérieure à des projets de développement concrets. Ce type d’échange, appelé « dette-contre-développement », repose sur un principe simple : plutôt que de rembourser certaines dettes en numéraire, le pays s’engage à investir localement des montants équivalents dans des secteurs clés comme l’éducation, la santé ou l’environnement.

Dans le cas ivoirien, environ 450 millions de dollars de dette ont été convertis en un fonds dédié à l’amélioration des infrastructures sanitaires, à la lutte contre le changement climatique et à l’appui aux petites exploitations agricoles.

Un succès technique et politique

Selon les responsables de la Banque mondiale, ce mécanisme offre une double efficacité : il réduit le fardeau de la dette tout en renforçant les capacités nationales à répondre aux priorités de développement durable. Pour la Côte d’Ivoire, il s’agit aussi d’un levier diplomatique, qui renforce la confiance des bailleurs internationaux.

« Le succès de cette opération démontre qu’il est possible de concilier rigueur budgétaire et justice sociale », a affirmé Jean-Christophe Carret, directeur des opérations de la Banque mondiale pour la région Afrique de l’Ouest. « Nous pensons que ce modèle peut être adapté à d’autres contextes, notamment dans les pays africains en transition. »

Un modèle exportable ?

La Banque mondiale étudie déjà la possibilité d’adapter ce mécanisme au Ghana, au Kenya, et à certains pays d’Amérique latine comme l’Équateur. Des discussions sont également en cours avec plusieurs institutions créancières pour institutionnaliser ce type d’arrangement dans le cadre de la réforme du cadre commun du G20 pour la dette.

Toutefois, des défis subsistent. Le succès de tels échanges repose sur la transparence dans l’exécution des projets, la solidité des institutions locales et la capacité à mobiliser la société civile. Certains économistes appellent à encadrer davantage ces transactions pour éviter qu’elles ne deviennent de simples opérations comptables sans véritable impact sur le terrain.

Vers une nouvelle diplomatie de la dette

Dans un contexte où de nombreux pays à faible revenu subissent une pression croissante sur leur dette extérieure, l’approche ivoirienne ouvre la voie à une « diplomatie de la dette » fondée sur la solidarité et l’investissement social. La Banque mondiale s’apprête à publier un guide technique à destination des gouvernements intéressés par ce type d’accord.

L’expérience de la Côte d’Ivoire montre qu’il est possible de transformer une contrainte budgétaire en opportunité stratégique. Reste à voir si d’autres nations sauront tirer les leçons de ce modèle pour tracer leur propre voie vers un développement plus résilient.

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