La Russie a fait baisser son inflation, mais le coût de la manœuvre est exorbitant

Après trois ans de résistance, l’économie russe commence à céder sous le poids de la guerre et des sanctions occidentales. Si l’inflation s’est calmée, la croissance a ralenti brusquement, présage d’un avenir troublé pour la prospérité russe.

En février 2022, lorsque les premiers chars russes franchirent la frontière ukrainienne, les économistes occidentaux s’accordaient pour prédire un effondrement brutal de l’économie russe. À l’époque, les prévisions les plus sombres tablaient sur une contraction du PIB de 10 à 15 %. Pourtant, contre toute attente, le système russe a encaissé le choc : en 2023, Moscou affichait une insolente croissance de 4,1 % selon le FMI.

Mais l’euphorie semble passée. Fin 2024, les moteurs économiques se sont essoufflés. La croissance annuelle, selon une estimation de Goldman Sachs relayée par GEO en avril, a chuté de près de 5 % à quasiment zéro. De son côté, la Banque centrale de Russie a admis une baisse dans certains secteurs, justifiée par la « chute de la demande ».

Un modèle de guerre devenu insoutenable

Depuis trois ans, la Russie a profondément remodelé sa structure économique. Coupée des marchés occidentaux, elle a tourné son regard vers l’Est. Chine, Inde et Iran sont devenus des partenaires privilégiés de Moscou. Les investissements publics dans l’industrie militaire ont explosé pour soutenir l’effort de guerre : + 53% en 2024.

Mais l’économie de guerre, longtemps dopée par des dépenses massives, arrive à bout de souffle. Julian Cooper, analyste à l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, estimait ainsi récemment auprès de The Economist que les dépenses militaires en 2025 devraient croître d’à peine 3,4%. La Banque centrale le reconnaît : le cycle d’investissements atteint désormais son pic. La Russie doit freiner, sous peine d’épuiser ses marges de manœuvre financières.

Le piège de l’inflation et des taux élevés

D’autant qu’une autre épée de Damoclès menace Moscou depuis de nombreux mois : l’inflation. Depuis début 2024, les prix flambent, attisés par des crédits à taux bas. Face à cela, la Banque centrale a établi un taux directeur record de 21 %, du jamais vu depuis les années 2000. L’effet est double aujourd’hui : le rouble s’est stabilisé, mais la consommation intérieure a plongé, entraînant la croissance. Les Russes épargnent, les entreprises ralentissent leurs investissements.

Même les secteurs dynamiques, comme l’industrie manufacturière, montrent des signes alarmants. En juillet, l’indice PMI publié par S&P Global a révélé une contraction sans précédent depuis trois ans, alimentée par la faiblesse de la demande intérieure et les difficultés de financement des clients, indique Business Insider.

Le pétrole ne suffit plus

À ces difficultés internes s’ajoutent des vents contraires sur la scène mondiale. La baisse des prix du pétrole, combinée à un ralentissement de l’économie chinoise — principal client énergétique de Moscou —, réduit sensiblement les recettes fiscales. À cela s’ajoutent les nouvelles sanctions américaines, comme les pénalités sur les achats indiens de brut russe, imposées récemment par Donald Trump dans le cadre de sa guerre commerciale.

Dès lors, la Russie est engagée dans un délicat exercice d’équilibriste : contrôler l’inflation sans plonger dans la récession. Une équation d’autant plus difficile que la confiance des investisseurs est absente et que les marges de relance sont minces. « Le principal pari est que le refroidissement de l’économie ne déclenche pas une récession prolongée », avertit Alexander Kolyandr, chercheur au CEPA, interrogé par Business Insider. Le Kremlin est désormais face à un choix cornélien : maintenir l’effort militaire au risque d’un effondrement économique, ou lever le pied au prix d’un recul stratégique.

Article de Marie Lombard

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