Cinq ans après son putsch, la junte malienne a renforcé son emprise et les liens avec la Russie

Ce 18 août marque les cinq années au pouvoir de la dictature malienne. Soutenue au début grâce à ses promesses d’émancipation vis-à-vis de la France et de victoire face aux djihadistes, elle a surtout pris un tournant autoritaire et s’est placée sous la dépendance de la Russie.

C’est un intérim qui dure. Cinq ans après le coup d’État du 18 août 2020 qui a mis à terre le régime – à bout de souffle – d’Ibrahim Boubacar Keïta, la junte militaire n’a pas tenu sa promesse de « redonner le pouvoir aux civils ». Elle a même renforcé son autorité. Assimi Goïta, son chef incontesté depuis un second putsch en mai 2021, s’est offert la possibilité d’être président à vie. Un texte, promulgué en juillet, lui donne le pouvoir jusqu’en 2030, mandat renouvelable autant de fois que nécessaire.

La junte a surtout durci sa répression contre la société civile. Les partis politiques ont été dissous et le très populaire imam Mahmoud Dicko, contraint à l’exil. Plus grave encore, des responsables d’opposition ont disparu.

Début août, l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, et plusieurs de ses anciens collaborateurs, ont été placés en garde à vue. Jeudi, le pouvoir malien a arrêté plus d’une cinquantaine de militaires, dont deux généraux, ainsi qu’un ressortissant français pour avoir cherché, selon lui, à « déstabiliser les institutions de la République ».

Un pays miné par les djihadistes

S’il y a bien une promesse tenue par la junte, c’est celle de s’émanciper de la France, colonisatrice jusqu’à l’indépendance de 1960. Profitant d’un sentiment anti-français dans tout le Sahel, les militaires souverainistes ont rompu les accords de défense avec Paris et ses partenaires européens. Les forces françaises de l’opération Barkhane et la mission de l’Onu « Minusma » se sont retirées.

Pour lutter contre les forces djihadistes – le groupe État islamique, et surtout le Jnim, affilié à Al-Qaida – qui empoisonnent la vie du Mali depuis 2013, Bamako s’est tourné vers la Russie. Les mercenaires du groupe Wagner, puis leurs successeurs de l’Africa Corps après la mort en août 2023 d’Evguéni Prigojine, ont pris le relais. Sans succès. Les djihadistes du Jnim frappent désormais aux portes de la capitale alors qu’ils étaient autrefois cantonnés dans le nord.

Depuis janvier, les forces armées maliennes et leurs supplétifs russes auraient, selon un rapport de l’ONG Human Rights Watch, perpétré des dizaines d’exécutions sommaires et fait disparaitre des hommes de l’ethnie peule, accusés de collaborer avec le Jnim.

Cette impuissance à juguler la menace islamiste croissante permet à Assimi Goïta de prolonger son mandat et de museler toute opposition au nom de la sécurité nationale.

Source Ouest france

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