La succession à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie s’annonce comme un nouvel épisode de la confrontation diplomatique entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, sur fond de crise persistante dans la région des Grands Lacs.
Alors que la date limite de dépôt des candidatures au poste de secrétaire général de l’OIF approche, deux figures féminines incarnent cette rivalité politique et symbolique : la Congolaise Juliana Lumumba et la Rwandaise Louise Mushikiwabo, actuelle secrétaire générale en quête d’un troisième mandat.
Derrière ce face-à-face institutionnel, les tensions politiques entre Kinshasa et Kigali demeurent vives. La République démocratique du Congo accuse le Rwanda de soutenir les rebelles de l’AFC/M23, actifs dans l’est du pays, où ils ont notamment pris le contrôle de Goma et Bukavu au début de l’année 2025. Kigali rejette fermement ces accusations, qui sont également relayées par certains rapports d’experts de l’ONU et par plusieurs partenaires internationaux de la région.
Dans ce climat de méfiance mutuelle, les tentatives de médiation menées par les États-Unis, le Qatar et l’Union africaine peinent à produire des résultats durables, laissant perdurer un conflit armé à haute intensité dans une zone stratégique et riche en ressources.
Au-delà du terrain militaire et diplomatique, la bataille pour la direction de l’OIF prend une dimension symbolique forte. L’organisation, qui regroupe plus de 90 États et gouvernements représentant plus de 320 millions de francophones, intervient dans des domaines clés tels que l’éducation, la culture, les droits humains et la coopération économique.
Pour Kinshasa, la candidature de Juliana Lumumba — ancienne ministre de la Culture et fille de Patrice Lumumba, figure emblématique de l’indépendance congolaise — incarne une volonté de rééquilibrage politique et symbolique au sein des institutions francophones. Pour Kigali, la possible reconduction de Louise Mushikiwabo confirmerait au contraire une continuité diplomatique et une influence consolidée sur la scène francophone.
D’autres candidatures viennent complexifier l’équation, notamment celle de la Mauritanienne Coumba Bâ, conseillère présidentielle, et de l’ancien Premier ministre roumain Dacian Cioloș, illustrant l’ouverture géographique mais aussi la fragmentation des soutiens au sein de l’organisation.
Dans ce contexte, la Francophonie apparaît moins comme un espace consensuel de coopération que comme un théâtre d’influence où se rejouent les lignes de fracture politiques, sécuritaires et diplomatiques entre États membre.
Charles BILE
