Corée du Nord : Xi Jinping à Pyongyang pour une opération séduction de Kim Jong-un

Le président chinois Xi Jinping se rend lundi 8 juin en Corée du Nord pour la première fois depuis 2019. Une visite qui intervient alors que Kim Jong-un a gagné en importance diplomatique sur la scène internationale. Ce qui peut le rendre d’autant plus dangereux.

Xi Jinping n’avait plus mis les pieds en Corée du Nord depuis sept ans. Le président chinois y retourne lundi 8 juin pour une visite officielle de deux jours.

La rencontre entre Xi Jinping et Kim Jong-un intervient l’année du 65e anniversaire de la signature du traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle entre les deux pays.

Kim Jong-un plus fort qu’en 2019

Le dirigeant chinois n’y va pas que pour souffler quelques bougies d’anniversaire. « Il compte renforcer son statut de grande puissance au même titre que les États-Unis. Après avoir accueilli plusieurs dirigeants européens, Vladimir Poutine et Donald Trump à Pékin ces derniers mois, il veut ajouter le dirigeant nord-coréen à son tableau de chasse diplomatique du moment », affirme Sebastian Harnisch, spécialiste de la Corée du Nord à l’université de Heidelberg, en Allemagne.

Xi Jinping compte bien, aussi, se rassurer sur la relation sino-coréenne. « Il va également à Pyongyang pour réaffirmer une certaine forme de primauté sur la Corée du Nord », estime Edward Howell, spécialiste de la Corée du Nord à l’université d’Oxford.

Car la relation entre les deux hommes et les deux pays a bien changé en sept ans. Le dirigeant nord-coréen a, de l’avis d’experts de la région interrogés par France 24, gagné en assurance diplomatique.

En 2019, « c’était une relation hiérarchique de dépendance écrasante au profit de la Chine. Pékin était la bouée de secours géopolitique de Pyongyang et la Chine disposait de facto d’un monopole sur les options économiques et commerciales nord-coréennes », résume Antonio Fiori, spécialiste de la politique nord-coréenne et des questions de sécurité de la péninsule coréenne à l’université de Bologne.

Kim Jong-un espérait alors négocier avec les États-Unis l’abandon de sanctions économiques en échange de concessions sur son programme nucléaire. Et la Corée du Nord comptait sur son puissant voisin asiatique pour soutenir ses ambitions.

Tout a changé entre-temps. Le dirigeant nord-coréen a abandonné ce rêve de « normalisation » diplomatique et « les relations entre Pyongyang et Washington sont au plus bas », assure Edward Howell.

Mais Kim Jong-un n’est pas allé se réfugier dans les bras chinois, ce qui aurait davantage accentué sa dépendance. Le leader nord-coréen a décidé de tout miser sur ses propres muscles nucléaires. « La stratégie nord-coréenne est centrée sur la modernisation militaire, sur l’expansion de l’arsenal nucléaire et sur le renforcement de la sécurité du régime », détaille Antonio Fiori.

La Russie en trouble-fête

Difficile aujourd’hui de faire comme si la Corée du Nord n’était pas déjà une puissance nucléaire. Même si elle n’est pas reconnue comme telle par la communauté internationale, la Corée du Nord a inscrit dans sa Constitution son statut d’acteur nucléaire en 2022 et d’influents centres de recherche internationaux comme l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) évaluent l’arsenal nord-coréen à environ 50 ogives.

En parallèle, « l’environnement international a considérablement changé, d’une manière qui rend la Corée du Nord plus importante aux yeux de certains acteurs comme la Russie », souligne Antonio Fiori.

Avec la guerre d’invasion à grande échelle de l’Ukraine déclenchée en 2022, la Russie s’est rapidement retrouvée grande demandeuse d’équipements militaires et la Corée du Nord a répondu présente. Le régime de Pyongyang « fournit des munitions à la Russie et on sait qu’il a aussi envoyé des soldats », note Sebastian Harnisch.

Ce rapprochement a même donné lieu à la signature, fin 2024, d’un « accord de partenariat global ». « Kim Jong-un dispose d’un atout essentiel qu’il n’avait pas en 2019 : un autre protecteur, en plus de la Chine », souligne Antonio Fiori.

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En outre, la guerre au Moyen-Orient a également renforcé l’importance de la Corée du Nord aux yeux des responsables iraniens, estime Sebastian Harnisch. Même s’il n’existe, à l’heure actuelle, aucune preuve directe d’un soutien autre que diplomatique de Pyongyang à Téhéran.

Impossible donc de continuer à qualifier la Corée du Nord de régime « au banc des nations ». Un statut qui arrangeait pourtant bien Pékin.

Dans ce contexte, « la relation entre les deux pays est devenue plus transactionnelle que hiérarchique », assure Antonio Fiori. La visite de Xi Jinping ressemblera bien plus qu’en 2019 à une opération de séduction. Il devrait y avoir plus de carottes que de bâtons dans la besace diplomatique du président chinois.

Tourisme, programme nucléaire, diplomatie…

Certes, « la Chine demeure le principal partenaire économique de la Corée du Nord et importe bien plus que la Russie pour Pyongyang », note Edward Howell. Pour lui, Pékin le sait et va probablement le rappeler à Kim Jong-un. Peut-être en lui faisant une offre que le dirigeant nord-coréen ne pourra pas refuser.

Le président chinois pourra ainsi promettre de promouvoir la Corée du Nord comme destination touristique. C’est en effet une priorité pour Kim Jong-un, « qui a mis un accent particulier sur le développement du tourisme », avance Sebastian Harnisch. Une manière pour Xi Jinping d’accroître encore davantage la dépendance économique de la Corée du Nord à la Chine.

Le président chinois pourrait également soutenir le programme nucléaire nord-coréen sans en avoir l’air. « La Chine ne parle plus de ‘dénucléarisation’ de la Corée du Nord. Pékin est passé d’une attitude de tolérance à l’égard du programme nucléaire tout en désapprouvant les ambitions en la matière de Pyongyang à une acceptation silencieuse de cet état de fait », explique Edward Howell.

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La visite de Xi Jinping pourrait être l’occasion d’aller un peu plus loin, afin de ne pas laisser à la Russie le monopole de la coopération militaire. Sebastian Harnisch ne serait pas étonné si la Chine proposait, par exemple, de fournir à son voisin un accès à sa technologie d’imagerie par satellite. « C’est important pour le programme nucléaire nord-coréen, car si Pyongyang possède des missiles capables d’atteindre les États-Unis, elle n’a pas encore la capacité de ‘voir précisément ce qu’elle frappe' », affirme cet expert.

Xi Jinping peut aussi offrir une victoire diplomatique à Kim Jong-un. Une manière d’y parvenir serait « d’inscrire dans un communiqué commun l’opposition à l’hégémonie américaine et l’importance d’un ordre mondial multipolaire », estime Edward Howell.

Cette rencontre n’est pas importante que pour l’égo de superpuissance de la Chine. « Il ne faut pas oublier que la Corée du Nord peut être un formidable proliférateur d’armes de destruction massive, en accentuant son aide militaire à la Russie ou alors en collaborant avec l’Iran pour son programme d’armes nucléaires », insiste Sebastian Harnisch. Et cette menace ne semble pas être très haute dans la liste actuelle des priorités de Donald Trump. Il ne reste donc que la Chine qui peut, d’après les experts interrogés, détourner la Corée du Nord de ces tentations qui rendraient le monde encore moins sûr.

Source France24 avec notre rédaction à Paris

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