Kinshasa, 17 août 2026 – La République démocratique du Congo (RDC) fait face à une crise sanitaire d’une ampleur exceptionnelle. L’épidémie d’Ebola qui frappe le pays depuis le mois de mai a désormais causé 2 325 décès pour 4 945 cas confirmés, selon les dernières données gouvernementales communiquées dimanche 16 août. Ce bilan fait de cette flambée la plus meurtrière jamais enregistrée dans l’histoire de la RDC, dépassant celle de 2018-2020, qui avait provoqué 2 299 décès.
La situation continue par ailleurs d’évoluer rapidement. Plus d’une centaine de nouveaux cas ont été recensés en seulement vingt-quatre heures, témoignant des difficultés persistantes des autorités sanitaires et de leurs partenaires à interrompre les chaînes de transmission. Selon les données disponibles, le taux de létalité se situe désormais autour de 46 %, contre environ 20 % au début du mois de juin. Cette progression serait notamment liée aux retards dans l’identification des malades et leur prise en charge.
Une souche rare et particulièrement difficile à combattre
Déclarée officiellement par les autorités congolaises le 15 mai 2026, cette 17ᵉ épidémie d’Ebola enregistrée en RDC est provoquée par le virus Bundibugyo, une souche plus rare que la souche Zaïre responsable de plusieurs grandes flambées précédentes.
Cette particularité complique considérablement la riposte sanitaire. Contrairement à la maladie provoquée par le virus Ebola Zaïre, pour laquelle des vaccins et certains traitements ont été développés, aucun vaccin ni traitement spécifique homologué n’est actuellement disponible contre le virus Bundibugyo. La prise en charge repose donc principalement sur les soins de soutien, notamment la réhydratation, la correction des déséquilibres électrolytiques et le traitement rapide des complications. Une prise en charge précoce peut toutefois améliorer sensiblement les chances de survie.
Des vaccins et traitements expérimentaux sont cependant en cours d’évaluation dans le cadre d’essais destinés à déterminer leur efficacité contre cette souche.
L’Ituri, épicentre de la crise
L’épidémie a commencé dans le nord-est de la République démocratique du Congo, principalement dans la province de l’Ituri, avant de gagner plusieurs autres provinces.
Au 30 juillet, l’Organisation mondiale de la Santé recensait déjà 3 605 cas confirmés et 1 587 décès dans 49 zones de santé réparties entre l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo. Depuis, l’épidémie a poursuivi son expansion : un sixième territoire provincial, le Bas-Uélé, a notamment signalé des infections en août.
L’Ituri demeure de très loin la région la plus touchée. Cette province de l’est congolais concentre l’immense majorité des cas et constitue un environnement particulièrement difficile pour les équipes médicales.
L’insécurité, les déplacements de populations, l’activité minière, les infrastructures sanitaires insuffisantes et l’état parfois très dégradé des routes compliquent la surveillance épidémiologique et l’acheminement du matériel médical. Des attaques contre des structures et des personnels impliqués dans la lutte contre Ebola ont également perturbé les opérations sanitaires.
Une progression d’une rapidité exceptionnelle
La rapidité avec laquelle les contaminations se multiplient inquiète particulièrement les spécialistes.
Au 11 août, les autorités comptabilisaient encore 4 381 cas et 2 011 décès. Quelques jours plus tard, le bilan avait atteint 4 945 contaminations confirmées et 2 325 morts, illustrant l’accélération de la crise sanitaire.
L’épidémie actuelle est ainsi devenue la deuxième flambée d’Ebola la plus meurtrière jamais enregistrée dans le monde, derrière la gigantesque épidémie ayant frappé principalement la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone entre 2014 et 2016.
Des spécialistes estiment par ailleurs que la circulation du virus pourrait avoir commencé bien avant la déclaration officielle de l’épidémie. Le virologue congolais Jean-Jacques Muyembe, figure historique de la lutte contre Ebola, a notamment indiqué que le virus pourrait avoir circulé pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois avant d’être identifié, permettant à de nombreuses chaînes de transmission de se développer silencieusement.
Des chiffres officiels qui pourraient sous-estimer la réalité
Autre source d’inquiétude : le nombre réel de personnes touchées pourrait être nettement supérieur aux statistiques officielles.
L’Organisation mondiale de la Santé a estimé que l’ampleur réelle de l’épidémie pourrait être deux à quatre fois supérieure aux chiffres détectés, notamment en raison des insuffisances du dépistage et du suivi des personnes ayant été en contact avec des malades.
Dans certaines zones isolées ou affectées par des conflits armés, des malades meurent sans avoir été diagnostiqués et certaines communautés restent difficiles d’accès pour les équipes sanitaires.
Cette situation représente un défi majeur : pour stopper Ebola, les autorités doivent identifier rapidement les personnes infectées, les isoler, rechercher leurs contacts et surveiller ces derniers pendant la période d’incubation.
Une menace qui dépasse les frontières congolaises
L’épidémie a également pris une dimension régionale.
Des cas ont été détectés en Ouganda, pays frontalier de la RDC, poussant les autorités sanitaires régionales et internationales à renforcer la surveillance aux frontières. Face à la situation, l’Organisation mondiale de la Santé a considéré l’épidémie touchant la RDC et l’Ouganda comme une urgence de santé publique de portée internationale, nécessitant une coordination renforcée entre les États et les organisations sanitaires.
La mobilité importante des populations dans cette partie de l’Afrique centrale et orientale, notamment pour le commerce, l’exploitation minière et les déplacements liés aux conflits, accroît le risque d’exportation de nouveaux cas vers les pays voisins.
Comment Ebola se transmet
Contrairement à la grippe ou au Covid-19, Ebola ne se transmet pas simplement parce qu’une personne se trouve à proximité d’un malade. La contamination se produit principalement par contact direct avec le sang ou les liquides biologiques d’une personne infectée, ou avec des objets et surfaces contaminés par ces liquides.
Les professionnels de santé, les proches des malades et les personnes participant à certaines pratiques funéraires sont donc particulièrement exposés lorsque les mesures de protection ne sont pas correctement appliquées.
La sensibilisation des populations constitue ainsi l’un des piliers de la lutte contre l’épidémie, avec l’identification rapide des malades, leur isolement, la protection du personnel médical et le suivi des contacts.
Une course contre la montre pour les autorités congolaises
Face à l’augmentation quotidienne des cas, le gouvernement congolais, l’OMS et leurs partenaires tentent de renforcer les capacités de diagnostic, les centres de traitement, la surveillance communautaire ainsi que le suivi des contacts.
Mais les besoins restent considérables.
L’insécurité persistante dans l’est du pays, le manque de personnel et de moyens logistiques, les difficultés d’accès à certaines localités ainsi que la méfiance de certaines communautés compliquent fortement la riposte.
L’enjeu dépasse désormais la seule gestion d’une urgence sanitaire nationale. Avec près de 5 000 contaminations confirmées en seulement trois mois, la RDC affronte une crise susceptible d’avoir des conséquences sanitaires, économiques et humanitaires durables.
Le franchissement du seuil historique de 2 325 morts constitue surtout un signal d’alarme : malgré l’expérience acquise par le Congo au cours de nombreuses flambées d’Ebola depuis la découverte du virus en 1976, la combinaison d’une souche pour laquelle les moyens médicaux spécifiques restent limités, d’une détection tardive et d’un contexte sécuritaire extrêmement difficile a permis à l’épidémie de prendre une ampleur sans précédent dans le pays.
La priorité est désormais d’interrompre les chaînes de transmission avant que l’épidémie ne s’étende davantage en RDC et dans les pays voisins.
Source Reuters
