Le 46ᵉ Sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) s’est achevé lundi 17 août 2026 à Durban, en Afrique du Sud. Si les dirigeants ont abordé les grands enjeux politiques, économiques et sécuritaires de la région, la question migratoire s’est imposée comme l’un des sujets sensibles des discussions, dans un contexte de fortes tensions en Afrique du Sud.
Réunis à Durban, sur la côte est sud-africaine, les dirigeants de la SADC ont longuement échangé à huis clos avant la cérémonie de clôture présidée par le chef de l’État sud-africain, Cyril Ramaphosa.
L’Afrique du Sud, qui assurait déjà la direction intérimaire de l’organisation depuis la fin de l’année 2025, prend désormais officiellement la présidence de la SADC. Cyril Ramaphosa a été élu président en exercice de l’organisation régionale, tandis que la Zambie a été désignée pour lui succéder.
L’immigration, un dossier particulièrement sensible
Au-delà des questions institutionnelles, les discussions ont été fortement marquées par les tensions liées à l’immigration en Afrique du Sud.
Le pays a été secoué ces derniers mois par des manifestations dirigées contre des ressortissants étrangers, notamment ceux accusés d’être en situation irrégulière. Plusieurs citoyens originaires de pays membres de la SADC, en particulier du Zimbabwe, du Mozambique, du Malawi et de la République démocratique du Congo, ont été directement concernés.
Lors de la clôture du sommet, Cyril Ramaphosa a reconnu la complexité de la situation et indiqué avoir abordé le sujet avec ses homologues dans un esprit de franchise.
Selon le président sud-africain, la question migratoire constitue un défi qui ne peut être traité uniquement à l’échelle nationale. Elle nécessite également une coopération accrue entre les États de la région, alors que les mouvements de population sont étroitement liés aux écarts de développement, au chômage, à l’instabilité politique et sécuritaire ainsi qu’aux difficultés économiques rencontrées dans plusieurs pays.
Pretoria tente d’apaiser ses voisins
Pour l’Afrique du Sud, première puissance industrielle de la région, le dossier est particulièrement délicat.
Le pays accueille depuis plusieurs années une importante population migrante venue d’Afrique australe et d’autres régions du continent. Dans un contexte de chômage élevé et de fortes inégalités sociales, les étrangers sont régulièrement pris pour cible lors de mouvements de protestation.
Cyril Ramaphosa a exprimé ses regrets concernant les tensions survenues dans son pays et a remercié les autres États membres pour leur compréhension.
Cette prise de position apparaît comme une tentative d’apaisement vis-à-vis des gouvernements dont les ressortissants ont été visés ou contraints de quitter l’Afrique du Sud.
Elle traduit également la volonté de Pretoria d’éviter que la question migratoire ne fragilise davantage les relations diplomatiques au sein d’une organisation dont l’un des objectifs fondamentaux demeure l’intégration régionale.
La RDC toujours au centre des préoccupations sécuritaires
Le sommet de Durban ne s’est toutefois pas limité à la question migratoire.
Les chefs d’État et de gouvernement ont également examiné la situation sécuritaire en Afrique australe et dans la région des Grands Lacs.
Dans son communiqué final, la SADC a réaffirmé sa solidarité avec la population de la République démocratique du Congo et son soutien aux initiatives régionales et internationales destinées à rétablir la paix, renforcer la protection des civils et encourager un dialogue politique inclusif.
La RDC demeure ainsi l’un des principaux dossiers sécuritaires de l’organisation, alors que les violences dans l’est du pays continuent de constituer une source majeure d’instabilité régionale.
Concernant le Mozambique, les dirigeants de la SADC ont salué les efforts entrepris par les autorités dans le cadre du dialogue national et de la lutte contre le terrorisme dans certains districts de la province de Cabo Delgado.
Intégration économique et industrialisation
Les dirigeants ont également insisté sur la nécessité d’accélérer l’intégration économique de l’Afrique australe.
Le sommet a appelé les États membres à renforcer les chaînes de valeur régionales, à développer la transformation locale des matières premières et à accroître les échanges commerciaux entre les pays de la SADC.
L’organisation a notamment salué la tenue à Durban, du 26 au 31 juillet 2026, de la neuvième Semaine de l’industrialisation de la SADC, qui a mis l’accent sur l’accroissement de la production régionale, la création de valeur ajoutée et la compétitivité industrielle.
Pour Cyril Ramaphosa, la région doit désormais transformer ses ambitions économiques en projets concrets capables de créer des emplois et de réduire les disparités entre les États.
Ramaphosa prend officiellement les commandes de la SADC
L’un des principaux résultats institutionnels du sommet reste l’accession officielle de Cyril Ramaphosa à la présidence de la SADC pour un mandat d’un an.
Le roi Mswati III d’Eswatini a, de son côté, été désigné président de l’Organe de coopération en matière de politique, de défense et de sécurité, l’une des structures essentielles de la SADC pour la gestion des crises régionales.
L’organisation a également confirmé que son 47ᵉ sommet ordinaire se tiendra en Zambie.
Un défi régional qui dépasse les frontières
La place accordée à l’immigration lors du sommet de Durban illustre finalement les difficultés auxquelles est confrontée l’Afrique australe.
Les différences importantes de développement économique entre les États, les crises politiques, les conflits armés et le manque d’emplois poussent de nombreux ressortissants de la région à se déplacer vers les économies considérées comme plus attractives, au premier rang desquelles l’Afrique du Sud.
Pour la nouvelle présidence sud-africaine de la SADC, l’enjeu sera donc de concilier gestion des migrations, sécurité, solidarité régionale et libre circulation des populations, tout en s’attaquant aux causes économiques et sociales qui alimentent ces mouvements.
À Durban, Cyril Ramaphosa a voulu adresser un message d’apaisement à ses partenaires. Mais au-delà des déclarations diplomatiques, les prochains mois devront montrer si la SADC parvient à transformer cette volonté de dialogue en une véritable politique régionale capable de répondre durablement aux tensions migratoires.
Source RFI
