Jérusalem/Gaza – 19 août 2026. La question du désarmement du Hamas s’impose désormais comme l’un des principaux obstacles à la mise en œuvre de la deuxième phase du plan de paix pour Gaza. Alors que les discussions diplomatiques s’intensifient, le mouvement palestinien se retrouve confronté à un dilemme majeur : accepter de déposer les armes afin de préserver une perspective politique et la reconstruction de Gaza, ou maintenir une capacité militaire qui constitue depuis sa création l’un des fondements de son identité.
Lundi 17 août, l’émissaire américain Jared Kushner s’est entretenu à Jérusalem avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu au sujet des modalités de mise en œuvre de la phase 2 du plan concernant la bande de Gaza.
Selon les éléments évoqués à l’issue de ces discussions, Washington espère que le processus de désarmement du Hamas puisse commencer dans un délai d’environ 30 jours, avec un mécanisme de supervision auquel participerait notamment un responsable militaire américain.
Du côté israélien, la position demeure particulièrement ferme. L’armée israélienne conditionne tout retrait supplémentaire de Gaza à un désarmement complet du Hamas et à la neutralisation de ses infrastructures militaires.
Un Hamas considérablement affaibli
Après plusieurs années de guerre et les destructions considérables enregistrées dans la bande de Gaza, le Hamas se trouve dans une situation radicalement différente de celle qui prévalait avant l’attaque du 7 octobre 2023 contre Israël.
Le mouvement a subi d’importantes pertes humaines, militaires et matérielles. Ses capacités opérationnelles ont été fortement réduites, tandis que la population de Gaza fait face à une situation humanitaire et économique particulièrement difficile.
Dans ce contexte, plusieurs analystes estiment que les dirigeants du Hamas disposent désormais d’une marge de manœuvre limitée.
Pour Khaled Elgindy, chercheur au Quincy Institute à Washington, le mouvement palestinien semble avoir intégré cette nouvelle réalité stratégique. Selon lui, le Hamas ne peut plus simplement rejeter la perspective d’un désarmement : la question porte désormais davantage sur les conditions et les modalités selon lesquelles celui-ci pourrait être organisé.
Cette évolution marque un changement important dans le discours politique du mouvement, qui a plusieurs fois laissé entendre qu’un débat sur ses armes pouvait être envisageable dans le cadre d’un accord politique plus large.
Une population épuisée par la guerre
Le contexte interne à Gaza constitue également un élément déterminant.
Après des années de combats, de déplacements de population et de destructions, la priorité d’une grande partie des habitants est désormais le retour à une vie normale, la reconstruction des infrastructures et l’amélioration des conditions de vie.
Le politologue palestinien Hamed Qusay, professeur de sciences politiques à l’université Al-Quds de Ramallah, estime que la population de Gaza n’est pas disposée, dans un avenir proche, à supporter une nouvelle confrontation militaire majeure.
Cette situation pourrait conduire le Hamas à accepter un gel durable de ses activités militaires.
Mais une telle décision serait probablement présentée par le mouvement comme une adaptation tactique aux circonstances, et non comme un abandon définitif de la lutte armée.
C’est précisément toute l’ambiguïté de la position actuelle du Hamas : accepter une période prolongée sans confrontation militaire tout en refusant idéologiquement de renoncer au principe même de la « résistance ».
Le désarmement touche au cœur de l’identité du mouvement
Depuis sa création en 1987, la dimension militaire occupe une place centrale dans l’identité politique du Hamas. Sa branche armée, les Brigades Ezzedine al-Qassam, a longtemps constitué l’un de ses principaux instruments d’influence dans les territoires palestiniens.
Renoncer totalement aux armes constituerait donc bien davantage qu’une mesure sécuritaire.
Un désarmement complet pourrait remettre en cause le discours historique, la stratégie et même la légitimité interne du mouvement auprès d’une partie de ses militants.
Le défi pour les responsables du Hamas consiste ainsi à trouver une formule leur permettant de participer à un processus politique sans apparaître comme ayant renoncé à leurs principes fondamentaux.
Une possibilité pourrait être un désarmement progressif, intégré à un processus politique plus vaste comprenant des garanties internationales, la reconstruction de Gaza, un retrait israélien et une réflexion sur la gouvernance future du territoire.
Mais les divergences demeurent profondes entre les différentes parties.
Israël réclame des garanties concrètes
Pour le gouvernement de Benyamin Netanyahu, une simple déclaration politique du Hamas ne suffirait pas.
Israël souhaite obtenir des garanties concrètes concernant la destruction ou le transfert des armes, le démantèlement des infrastructures militaires, la neutralisation des tunnels encore existants et l’impossibilité pour le Hamas de reconstruire rapidement ses capacités militaires.
La question de la supervision internationale sera donc essentielle.
La participation éventuelle de responsables militaires américains ou d’une force internationale permettrait de vérifier le respect des engagements pris par les différentes parties.
Mais un tel mécanisme nécessiterait un accord détaillé sur le rôle des États-Unis, des pays arabes et des autorités palestiniennes dans le dispositif de sécurité qui serait mis en place à Gaza.
Branche politique ou branche militaire : qui décide encore ?
Une autre interrogation devient centrale : qui détient aujourd’hui réellement le pouvoir de décision au sein du Hamas ?
Les années de guerre et les pertes enregistrées dans les rangs de l’organisation ont profondément bouleversé sa chaîne de commandement.
Traditionnellement, le Hamas s’appuie sur plusieurs centres de décision : une direction politique, des responsables basés à l’extérieur des territoires palestiniens et une structure militaire présente sur le terrain.
Or, la question du désarmement peut faire apparaître des divergences entre ces différentes composantes.
La branche politique pourrait être davantage disposée à accepter des compromis afin de garantir la survie politique du mouvement et son intégration dans un futur dispositif palestinien.
À l’inverse, certains responsables ou combattants de la branche militaire pourraient considérer qu’un abandon complet des armes équivaudrait à une capitulation.
La capacité de la direction du Hamas à imposer une décision commune sera donc déterminante.
Le désarmement indissociable d’un règlement politique
Pour les responsables palestiniens comme pour plusieurs observateurs internationaux, la question des armes du Hamas ne peut cependant être réglée uniquement par des mesures militaires.
Le désarmement devra probablement s’inscrire dans une négociation beaucoup plus large portant sur la reconstruction de Gaza, la gouvernance du territoire, les garanties de sécurité pour Israël et la définition d’une perspective politique pour les Palestiniens.
Sans solution politique durable, les conditions qui ont alimenté les cycles successifs de violence pourraient persister.
Le Hamas se trouve ainsi devant l’une des décisions les plus importantes de son histoire récente.
Accepter un désarmement pourrait permettre au mouvement de préserver une existence politique et de faciliter la reconstruction de Gaza. Mais une renonciation totale à la lutte armée pourrait également provoquer de profondes divisions internes et remettre en cause une partie de son identité historique.
Entre pragmatisme politique et fidélité à son identité de résistance, le Hamas doit désormais déterminer jusqu’où il est prêt à aller pour participer au nouvel ordre politique et sécuritaire qui pourrait émerger dans la bande de Gaza.
Source RFI
