Mercosur : la faiblesse de Macron à Paris limite son influence à Bruxelles
Le sort d’un projet de résolution des Nations unies visant à déterminer l’avenir du Sahara occidental pourrait bien être déterminé par Moscou, détenteur d’un droit de véto et traditionnellement alignée sur l’Algérie, soutien de la cause sahraouie.
La question du Sahara occidental, obstacle au rapprochement des pays du Maghreb, va-t-il trouver un dénouement diplomatique dans les prochains jours ? Le territoire nord-africain est au centre d’un projet de résolution des Nations unies qui pourrait bien changer l’avenir d’une région revendiquée et partiellement contrôlée par le Maroc, malgré la résistance du Front Polisario, mouvement indépendantiste sahraoui soutenu par Alger.
Une dispute commencée il y a un demi-siècle
Longtemps attaché à l’empire colonial espagnol, le Sahara occidental est occupé à environ 80 % par les forces marocaines à partir de 1975, un état de fait contesté par plusieurs organisations internationales, dont l’Union africaine, qui reconnaît l’adhésion de la République arabe sahraouie démocratique en 1982. Les Nations unies soutiennent de leur côté l’organisation d’un référendum d’autodétermination du territoire, sans cesse repoussé depuis 1991, date à laquelle le Front Polisario et le Maroc ont signé un cessez-le-feu.
Gelé pendant plusieurs années, le dossier a été remis sous les projecteurs en décembre 2020, lorsque Donald Trump, à quelques semaines de la fin de son mandat, a annoncé que les États-Unis reconnaissaient la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, monnayant un rétablissement des relations entre Rabat et Tel-Aviv.
La France a fini par suivre cette position, Emmanuel Macron affirmant en 2024 dans une lettre adressée au roi Mohammed VI que « le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine » ; le Royaume-Uni a de même emboîté le pas à ses partenaires en juin 2025.
La décision prise par ces trois pays est loin d’être anodine : membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU, Paris, Londres et Washington peuvent jouer un rôle décisif lors du vote de textes aux Nations unies visant à mettre fin à la querelle diplomatique, tel que celui qui doit être voté le 30 octobre.
« Souveraineté marocaine »
Le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies doit statuer à cette date le renouvellement du mandat de la mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), ainsi qu’un projet de résolution, émis par les États-Unis, qui vise à valider le principe porté par Rabat d’une autonomie de ce territoire « sous souveraineté marocaine ».
Selon le Monde, le texte initial remis par les États-Unis présente ce statut d’autonomie comme « la solution la plus réalisable », voire la « base » de la discussion sur ce dossier opposant Algérie et Maroc. Cette version initiale a depuis été remodelée, selon le quotidien français, réaffirmant le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Le texte prévoit par ailleurs de réduire la durée du mandat de la Minurso : habituellement renouvelée chaque année, la mission pourrait cette fois-ci n’être prolongée que pour une période trois à six mois.
La résolution, pour être adoptée, doit obtenir les voix d’au moins neuf des quinze pays composant actuellement le Conseil de sécurité. Ce dernier rassemble les cinq membres permanents que sont la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie, ainsi que dix États temporaires : l’Algérie, la Corée du Sud, le Danemark, la Grèce, le Guyana, le Pakistan, le Panama, la Sierra Leone, la Slovénie et la Somalie. Le représentant sahraoui à l’ONU Sidi Mohamed Omar, qui ne dispose pas du droit de vote sur ce dossier, a pour sa part dénoncé une « dérive grave et sans précédent », le projet de résolution écartant toute référence au référendum d’autodétermination et « niant la participation du peuple sahraoui ».
Mais même en cas d’obtention d’une majorité confirmée lors du vote du Conseil, le texte pourrait être abandonné en raison d’un veto d’un des cinq membres permanents. Si Washington, Paris et Londres, qui ont multiplié les contacts avec Rabat et les membres temporaires du conseil, ne risquent pas de censurer ce texte, la Chine, et surtout la Russie, pourraient en revanche faire capoter le projet américain.
Ambiguïté russe
Ces deux États n’ont jusqu’à présent jamais exercé leur droit de veto lors du renouvellement du mandat de la Minurso ; et si Pékin n’a pas de raison particulière de s’opposer au plan, Moscou, partenaire de premier plan d’Alger, pourrait de son côté s’opposer à un texte modifiant l’équilibre régional.
Le Kremlin, par la voix de son ministre des Affaires Étrangères Sergueï Lavrov, maintient en tout cas le flou à quelques jours du vote. « Toute option acceptable pour toutes les parties le sera également pour la Russie, à condition qu’elle soit établie dans une résolution de l’ONU », a notamment affirmé ce dernier, d’après El Independiente, en profitant par ailleurs pour critiquer l’alignement des États-Unis derrière le Maroc sans que la question n’ait été tranchée par les Nations unies.
« [La Russie a] très peu à gagner à adopter une position ferme, car elle entretient de bonnes relations tant avec l’Algérie qu’avec le Maroc et ne considère pas ce conflit comme important pour ses propres intérêts », souligne pour sa part Riccardo Fabiani, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’International Crisis Group, auprès d’El Independiente. De quoi pousser Moscou à éventuellement s’abstenir de voter, sans utiliser son veto, une décision qui « créerait des tensions avec les autres membres du Conseil pour une cause peu importante pour la Russie », pointe le chercheur.
À l’inverse, soutenir le plan américain – aménagé pour ne pas froisser l’Algérie – pourrait permettre à Moscou de renouer un terrain d’entente avec Washington, dans un contexte de remontée des tensions entre les deux puissances : reste à voir quelle voie prendra le Kremlin dans les prochains jours.
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