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La colère gronde toujours dans les rues de certaines villes iraniennes, six jours après le début d’une mobilisation contre la vie chère, dans ce pays où l’inflation dépasse les 50 % cette année, associée à une envolée du cours du dollar ― et un effondrement de la monnaie nationale, le rial ― sur le marché de change parallèle, dans un pays asphyxié par des sanctions internationales.
Le mouvement contestataire est d’abord parti dimanche « de quartiers commerçants qui se trouvaient à Téhéran, de milieux proches des bazars », explique Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran pour le GRIP (groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité). Ces derniers « sont directement impactés par l’effondrement de la monnaie iranienne, comme ils dépendent beaucoup de l’importation de l’étranger, avec une monnaie qui est aussi faible, cela revient donc à tuer leur commerce », poursuit le professeur de relations internationales en Belgique.
Rapidement, le mouvement s’est étendu à d’autres villes d’Iran, sans résonance particulière à Téhéran. La contestation dans le pays touche ou a touché, à des degrés divers, au moins 20 villes différentes, essentiellement de taille moyenne et situées dans l’ouest du pays, selon un décompte de l’AFP basé sur les annonces officielles et médias locaux.
Au départ, « ce sont plutôt les classes moyennes inférieures qui manifestent, celles qui sont directement touchées par l’effondrement économique », indique Jonathan Piron.
Depuis, d’autres milieux sociaux se sont joints à la contestation, comme les étudiants, et cela se perçoit dans les revendications des manifestants. Au début centrées sur la situation économique, elles se sont élargies « à des enjeux sociaux et aussi à des enjeux politiques », explique Jonathan Piron. « On voit maintenant des slogans qui sont clairement hostiles au régime », partage le professeur de relations internationales.
Des affrontements localisés entre manifestants et forces de l’ordre ont fait six morts jeudi dans l’ouest de l’Iran, selon des médias locaux, les premiers depuis le début dimanche.
Combien y a-t-il de manifestants ?
Les manifestations mobilisent peu pour l’instant et ne sont pas comparables à celles qui avaient secoué l’Iran fin 2022, après la mort de Mahsa Amini. « Il n’y a pas eu de grandes manifestations de 300 000 personnes à Téhéran ou à Mechhed. C’est à chaque fois des groupes de 300, 1 000, 2 000 personnes », détaille Bernard Hourcade, géographe et spécialiste de l’Iran.
Comment l’expliquer ? « Une partie de la population n’y croit pas », juge le professeur. Une autre « est dans l’attente » de ce que pourrait devenir le mouvement. Il y a évidemment des personnes « qui redoutent la répression » et certains Iraniens n’ont tout simplement pas les moyens financiers de manifester.
Le géographe explique également que « les divisions internes [à la société] sont très fortes ». Jonathan Piron s’accorde : « On a affaire à une action collective d’acteurs non collectifs : ce sont différents mouvements qui viennent avec leurs propres ressentiments, leurs frustrations, leurs contestations, mais il n’y a pas une plate-forme unie, il n’y a pas un mouvement commun, il n’y a pas un leader qui peut représenter une alternative ».
Quelle réaction des autorités ?
Le pouvoir a, dès le début des protestations, tenté de jouer l’apaisement, reconnaissant des « revendications légitimes » liées aux difficultés économiques. Mais la justice a mis en garde contre toute intention de déstabilisation.
Le procureur du district central de la province du Lorestan, dans l’ouest, a prévenu vendredi que « toute participation à des rassemblements illégaux et toute action visant à troubler l’ordre public » constituaient « des crimes » qui seraient traités « avec la plus grande fermeté par la justice ».
Trente personnes accusées de « troubles à l’ordre public » ont été arrêtées à Téhéran, a indiqué jeudi l’agence Tasnim, alors qu’aucun incident n’avait été officiellement rapporté ces derniers jours dans la capitale.
Pourquoi Donald Trump intervient ?
Donald Trump a affirmé ce vendredi que les États-Unis étaient « prêts » à intervenir si des manifestants étaient tués en Iran. « Nous sommes prêts, armés et parés à intervenir », a-t-il déclaré sur son réseau Truth Social.
Un conseiller du guide suprême iranien a réagi en affirmant que toute intervention américaine en Iran serait suivie d’une « riposte ». « La sécurité de l’Iran est une ligne rouge », a prévenu Ali Shamkhani. Un autre conseiller du guide, Ali Larijani, l’a mis en garde contre un risque de « déstabilisation » du Moyen-Orient et cela pourrait « nuire aux intérêts américains ».
Cette déclaration du président américain, « c’est de la communication politique à la Trump, auquel on commence à s’habituer », estime Jonathan Piron qui s’interroge sur les actions que pourrait prendre le milliardaire et sur ses objectifs. « Frapper des sites nucléaires ? Mais il l’a déjà fait ». Le professeur considère que Donald Trump « a peu de moyens encore à sa disposition pour essayer de faire pression sur le régime, à part faire ce genre de déclarations ».
Source le Parisien
