Abidjan – L’Afrique de l’Ouest veut placer la gestion de l’eau au cœur de ses politiques de développement, de résilience climatique et de coopération régionale. La première édition du Forum Régional de l’Eau de l’Afrique de l’Ouest (FREAO) s’est ouverte officiellement ce jeudi 24 septembre 2026 au Radisson Blu Hôtel d’Abidjan, à Port-Bouët, autour du thème : « Valorisons l’eau pour transformer l’Afrique de l’Ouest ».
La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence du Premier ministre ivoirien, Robert Beugré Mambé, de membres du gouvernement, de responsables d’institutions régionales, d’experts, d’organismes de bassin, de représentants du secteur privé, de la société civile et de partenaires techniques et financiers.
Pendant deux jours, les 24 et 25 septembre, les participants sont appelés à réfléchir aux solutions permettant d’améliorer la gouvernance des ressources hydriques et l’accès à l’eau et à l’assainissement dans une région confrontée simultanément à la croissance démographique, à l’urbanisation, au changement climatique, à la pollution et aux besoins croissants de financement des infrastructures.
Port-Bouët, une commune intimement liée à l’eau
Le choix de Port-Bouët pour accueillir cette première édition revêt une dimension particulière.
Située entre la lagune Ébrié et l’océan Atlantique, la commune entretient un rapport direct avec les enjeux liés à l’eau, à l’environnement, à l’assainissement, à l’érosion côtière et à la gestion durable des espaces aquatiques.
Port-Bouët constitue également un territoire stratégique dans l’organisation de la métropole abidjanaise. La commune accueille notamment l’Aéroport international Félix-Houphouët-Boigny, principale porte d’entrée aérienne du pays.
À l’occasion de l’ouverture du FREAO, les autorités municipales ont ainsi insisté sur la nécessité de considérer l’eau bien au-delà de sa seule dimension environnementale.
Elle représente à la fois un enjeu de santé publique, d’agriculture, d’alimentation, d’énergie, d’activité économique et de cohésion entre les territoires et les populations.
Beugré Mambé appelle à faire de l’eau un vecteur de paix
Dans son intervention, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a appelé les pays d’Afrique de l’Ouest à renforcer leur coopération autour des ressources hydriques.
Pour le chef du gouvernement ivoirien, la gestion de l’eau à l’échelle régionale constitue un choix politique qui doit se traduire dans les politiques publiques et dans les décisions des États.
Il a notamment insisté sur la nécessité de construire la confiance entre les pays et d’harmoniser leurs politiques afin que les ressources hydriques partagées deviennent des facteurs de rapprochement plutôt que de division.
Cette dimension est particulièrement importante en Afrique de l’Ouest, où de nombreux fleuves, bassins et ressources en eau traversent plusieurs frontières nationales.
Le dialogue entre États devient donc indispensable pour prévenir les tensions, organiser les usages et garantir une exploitation durable de la ressource.
Un nouveau rendez-vous régional organisé tous les deux ans
Le FREAO a précisément été conçu pour apporter une réponse institutionnelle à ces défis.
Lancé par la CEDEAO, à travers son Centre de gestion des ressources en eau, avec l’UEMOA, le CILSS et la République de Côte d’Ivoire, le Forum doit devenir un rendez-vous biennal réunissant les principaux acteurs de l’eau et de l’assainissement en Afrique de l’Ouest.
Entre 300 et 500 participants étaient annoncés pour cette première édition, parmi lesquels des décideurs politiques, techniciens, partenaires financiers, représentants de la société civile, entreprises et médias.
L’ambition est de disposer d’un cadre permanent permettant aux pays de partager leurs expériences, d’identifier des solutions communes et de coordonner leurs positions sur les grands enjeux internationaux liés à l’eau.
Quatre grandes priorités
Les travaux du FREAO 2026 sont structurés autour de quatre grandes priorités.
La première concerne le nexus eau-alimentation-énergie-environnement. L’objectif est de mieux prendre en compte les interdépendances entre ces différents secteurs. Une politique agricole, énergétique ou industrielle ne peut en effet être pensée durablement sans considérer les ressources en eau qu’elle mobilise.
La deuxième priorité porte sur le financement des infrastructures hydrauliques. Les discussions doivent notamment explorer les possibilités offertes par les partenariats public-privé et les financements climatiques afin de mobiliser davantage de capitaux.
Le troisième axe concerne le genre, la jeunesse et l’inclusion sociale, avec la volonté d’associer davantage les femmes, les jeunes et les communautés vulnérables aux politiques de gestion de l’eau.
Enfin, le quatrième porte sur la coopération régionale et l’hydro-diplomatie, c’est-à-dire l’utilisation du dialogue et de la coopération autour des ressources partagées comme instruments de stabilité et de paix.
L’accès à l’eau potable, une priorité sociale
Derrière les débats institutionnels se trouve un enjeu quotidien : garantir aux populations un accès durable à une eau potable de qualité.
L’amélioration des réseaux d’adduction, la construction et l’entretien des infrastructures, le traitement de l’eau et la sécurisation de la ressource constituent autant de défis pour les États et les collectivités locales.
L’assainissement représente l’autre dimension essentielle.
La croissance rapide des villes ouest-africaines augmente les besoins en réseaux d’évacuation, en traitement des eaux usées et en gestion des déchets afin d’éviter la contamination des ressources hydriques.
Pour Port-Bouët comme pour de nombreuses communes côtières, ces problématiques sont directement liées à la qualité de vie des populations et à la protection des écosystèmes.
Pollution et changement climatique au cœur des préoccupations
Le changement climatique ajoute une pression supplémentaire.
Sécheresses, épisodes de pluies intenses, inondations, érosion côtière et modification des régimes hydrologiques peuvent affecter simultanément les villes, l’agriculture, les infrastructures et l’accès à l’eau potable.
La pollution représente également une menace importante pour les cours d’eau, lagunes et nappes souterraines.
Le défi consiste donc à développer une approche intégrée conciliant besoins économiques, sécurité hydrique et préservation des écosystèmes.
La Côte d’Ivoire a fait de la Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) l’un des cadres de cette politique, avec l’objectif de concilier développement socio-économique, protection des écosystèmes et sécurité hydrique pour les générations futures.
L’eau, mais aussi l’agriculture et l’énergie
L’une des particularités du FREAO est justement de ne pas traiter l’eau comme un secteur isolé.
La session consacrée au nexus eau-énergie-alimentation-environnement réunit notamment des représentants de la Banque africaine de développement, de l’UEMOA, de l’Agence régionale pour l’agriculture et l’alimentation de la CEDEAO et d’autres organisations spécialisées.
Cette approche rappelle une réalité fondamentale : sans eau, il n’y a pas de sécurité alimentaire durable.
L’agriculture demeure l’un des principaux utilisateurs de ressources hydriques. L’amélioration de l’irrigation, la maîtrise de l’eau et l’adaptation des systèmes agricoles au changement climatique deviennent donc essentielles pour renforcer la sécurité alimentaire régionale.
L’énergie est également concernée, notamment à travers l’hydroélectricité et les besoins en eau de certaines infrastructures de production.
Trouver de nouveaux financements
Le financement constitue probablement l’un des défis les plus importants.
Une session spécifique du Forum est consacrée au financement des infrastructures hydrauliques, avec la participation notamment de la Banque africaine de développement, de la Banque mondiale, de la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO et d’organismes spécialisés dans l’eau et l’assainissement.
L’objectif est d’identifier des mécanismes capables d’accélérer les investissements dans les infrastructures de production, de transport, de traitement et d’assainissement.
Les financements climatiques et les partenariats entre secteurs public et privé font partie des pistes étudiées.
Construire une voix ouest-africaine sur l’eau
Le FREAO doit enfin permettre à l’Afrique de l’Ouest de renforcer sa position dans les grandes discussions internationales.
L’année 2026 a été proclamée « Année de l’Eau » en Afrique par l’Union africaine. La région prépare également la Conférence des Nations unies sur l’eau prévue du 8 au 10 décembre 2026 aux Émirats arabes unis.
Les discussions d’Abidjan doivent ainsi contribuer à consolider les positions communes des pays ouest-africains avant cette échéance internationale.
Le FREAO s’inscrit également dans la dynamique du Forum mondial de l’eau organisé à Dakar en 2022 et du « Blue Deal » africain qui en avait découlé.
De la réflexion à l’action
Pour cette première édition, le principal défi sera désormais de transformer les recommandations en politiques et en projets.
Accès universel à l’eau potable, assainissement, lutte contre les pollutions, protection des bassins transfrontaliers, financement des infrastructures, adaptation climatique et implication de la jeunesse constituent autant de chantiers qui nécessitent une coopération durable.
En accueillant ce premier Forum régional, la Côte d’Ivoire et Port-Bouët se retrouvent ainsi au centre d’une réflexion qui dépasse largement leurs frontières.
Car derrière les discussions techniques se dessine un enjeu stratégique pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest : faire de l’eau non plus seulement une ressource à protéger, mais un véritable levier de développement économique, de sécurité alimentaire, de résilience climatique, de coopération et de paix entre les peuples.
Source Radio Port-Bouet
