Défense : à Rome, l’Europe veut accélérer son autonomie stratégique et renforcer son industrie

Rome – L’autonomie stratégique européenne s’est imposée comme l’un des principaux sujets de discussion de la deuxième édition de la European CHOD/NAD Conference, organisée les 21 et 22 septembre 2026 dans la capitale italienne. Cette rencontre de haut niveau a réuni les chefs d’état-major de la défense (CHOD) et les directeurs nationaux de l’armement (NAD) des pays européens et partenaires, aux côtés de représentants des institutions européennes et d’organisations internationales.

Organisée conjointement par le Comité militaire de l’Union européenne (EUMC), l’Agence européenne de défense (EDA), l’état-major italien de la Défense et la Direction nationale italienne de l’armement, la conférence avait pour ambition de rapprocher les besoins opérationnels des forces armées et les capacités industrielles nécessaires pour y répondre.

Une Europe plus autonome, mais complémentaire de l’OTAN

Face à la multiplication des crises internationales, aux menaces cyber et hybrides et à l’évolution rapide des technologies militaires, les participants ont insisté sur la nécessité d’améliorer la capacité des Européens à assurer leur sécurité.

L’objectif affiché n’est toutefois pas de construire une défense européenne en opposition à l’OTAN. Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a souligné que l’Alliance atlantique demeurait un pilier de la sécurité collective, estimant qu’une Europe disposant de capacités militaires plus importantes pouvait également renforcer ce cadre transatlantique.

Cette approche repose notamment sur une meilleure coordination entre États, l’interopérabilité des forces et le développement d’une industrie européenne capable de répondre aux besoins militaires du continent.

Acheter et développer davantage en commun

L’un des principaux enjeux concerne les achats d’équipements militaires.

La multiplication de programmes nationaux distincts peut entraîner des coûts importants et contribuer à la fragmentation des capacités européennes. Le développement de programmes communs et d’achats coordonnés vise au contraire à mutualiser certains investissements, à harmoniser les besoins opérationnels et à favoriser des économies d’échelle.

La conférence a notamment examiné le rôle du European Defence Industry Programme (EDIP) et des European Defence Projects of Common Interest (EDPCI) dans le développement des coopérations entre États et partenaires en matière d’approvisionnement militaire.

L’enjeu est également industriel : une coopération accrue peut offrir aux entreprises européennes une meilleure visibilité sur les commandes à venir et leur permettre d’augmenter leurs capacités de production.

Renforcer l’industrie européenne de défense

La souveraineté militaire dépend aussi de la capacité du continent à concevoir et produire les équipements dont ses armées ont besoin.

Les discussions de Rome ont ainsi porté sur la montée en puissance de l’industrie de défense, l’innovation technologique et la capacité à mettre rapidement de nouveaux équipements à la disposition des forces.

Les responsables ont également abordé des besoins opérationnels précis, notamment les munitions, les systèmes de missiles, les drones et les capacités de lutte anti-drones.

Pour le chef d’état-major de la Défense italienne, le général Luciano Portolano, la crédibilité de la dissuasion dépend non seulement de l’excellence technologique, mais aussi de la profondeur industrielle, des stocks disponibles et de la capacité à soutenir un effort militaire dans la durée.

Des instruments européens pour accélérer

La conférence a également mis en avant les nouveaux outils destinés à soutenir les investissements européens de défense.

Parmi eux figurent notamment EDIP et SAFE (Security Action for Europe). Selon les responsables italiens, l’existence de nouveaux moyens réglementaires et financiers constitue une étape importante, mais leur efficacité dépendra de la capacité des Européens à transformer ces instruments en programmes industriels et militaires durables.

Le défi consiste donc à passer d’une réponse essentiellement dictée par les crises à une stratégie de défense structurée sur le long terme.

France et Italie, moteurs de plusieurs coopérations

Cette volonté de renforcer les capacités européennes s’inscrit également dans les coopérations bilatérales déjà engagées.

La France et l’Italie ont récemment réaffirmé leur volonté de réduire la fragmentation industrielle, d’améliorer l’interopérabilité et de développer des capacités communes. Parmi les exemples figurent les missiles Aster et le système de défense aérienne SAMP/T NG. Les deux pays travaillent également sur le projet spatial Bromo, destiné à renforcer leur coopération dans un secteur stratégique.

Ces programmes illustrent une approche dans laquelle la souveraineté européenne passe autant par les capacités militaires que par la maîtrise des technologies et des chaînes industrielles.

Transformer les ambitions en capacités concrètes

Au terme des deux journées de discussions, les délégations ont réaffirmé leur volonté d’approfondir le dialogue entre États et de favoriser une plus grande convergence des efforts européens.

La priorité porte désormais sur la transformation de ces orientations en capacités opérationnelles : produire davantage, raccourcir les délais industriels, améliorer les stocks, développer des programmes communs et renforcer l’interopérabilité entre armées.

La deuxième European CHOD/NAD Conference confirme ainsi la place croissante des questions de souveraineté industrielle et d’autonomie stratégique dans les discussions européennes sur la défense.

Entre coopération militaire, investissements industriels et coordination avec l’OTAN, les États européens cherchent désormais à consolider leur capacité collective à répondre aux crises et à assurer la sécurité du continent.

Source Europe Presse

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