Rome – L’autonomie stratégique européenne s’est imposée comme l’un des principaux sujets de discussion de la deuxième édition de la European CHOD/NAD Conference, organisée les 21 et 22 septembre 2026 dans la capitale italienne. Cette rencontre de haut niveau a réuni des chefs d’état-major de la défense et des directeurs nationaux de l’armement des pays européens et partenaires, ainsi que des représentants des principales institutions européennes et organisations internationales.
Au cœur des échanges : la nécessité pour l’Europe de renforcer sa capacité à assurer sa propre défense, à développer ses capacités industrielles et militaires et à mieux coordonner ses investissements, tout en maintenant la complémentarité avec l’Alliance atlantique.
Souveraineté et coopération au centre des discussions
Pour la France, le développement de l’autonomie stratégique européenne ne signifie pas un éloignement de l’OTAN. Il s’agit plutôt de permettre aux Européens d’assumer davantage de responsabilités dans leur propre sécurité et de disposer des capacités industrielles et militaires nécessaires pour agir lorsque leurs intérêts l’exigent.
Cette orientation rejoint la position exprimée en juin dernier par la France et l’Italie. Les deux pays avaient alors affirmé leur volonté de construire une base industrielle et technologique européenne de défense plus solide, de réduire certaines dépendances stratégiques et de développer des acquisitions conjointes, dans une démarche complémentaire des engagements au sein de l’OTAN.
Acheter ensemble pour réduire les coûts
La mutualisation des achats militaires constitue l’un des leviers de cette stratégie.
L’idée est simple : plutôt que de multiplier des commandes nationales séparées, les États européens peuvent coordonner certains besoins et acheter conjointement des équipements. Une telle approche vise notamment à favoriser les économies d’échelle, améliorer l’interopérabilité des forces et donner davantage de visibilité aux industriels chargés de produire les équipements.
Elle répond également à un impératif budgétaire : renforcer les capacités militaires tout en recherchant une utilisation efficace des ressources publiques consacrées à la défense.
La coopération industrielle devient ainsi un élément central de la souveraineté européenne.
Renforcer l’industrie européenne de défense
Au-delà des achats communs, la question de l’origine des équipements occupe une place importante dans le débat.
La France défend depuis plusieurs années le renforcement de la base industrielle et technologique de défense européenne. L’objectif consiste à développer les capacités de conception, de production et d’approvisionnement du continent afin de réduire certaines dépendances extérieures.
Paris et Rome ont notamment réaffirmé leur soutien à des critères de préférence européenne dans plusieurs instruments destinés à renforcer les industries de défense du continent. Les deux pays souhaitent également poursuivre des projets conjoints dans des domaines comme la défense aérienne et antimissile, le spatial, le maritime ou encore les technologies militaires émergentes.
Cette politique doit permettre aux États européens de disposer d’une industrie capable de répondre plus rapidement à leurs besoins en cas de crise, tout en maintenant sur le continent des compétences technologiques considérées comme stratégiques.
Une défense européenne complémentaire de l’OTAN
Le renforcement de l’autonomie européenne s’inscrit néanmoins dans le cadre plus large de la sécurité transatlantique.
Quelques jours avant la rencontre de Rome, les chefs d’état-major des pays membres de l’OTAN s’étaient réunis à Copenhague les 18 et 19 septembre. Les discussions avaient notamment porté sur le renforcement de la dissuasion et de la défense collective ainsi que sur les capacités militaires nécessaires à l’Alliance.
La démarche européenne vise donc à articuler deux ambitions : disposer d’une Europe davantage capable d’assurer sa défense et préserver la coopération militaire transatlantique.
Le Canada occupe à ce titre une place particulière. Le Parlement européen a notamment appelé en 2026 à renforcer la coopération UE-Canada dans le domaine de la sécurité et de la défense, y compris dans les chaînes d’approvisionnement militaires, les projets industriels et certaines initiatives européennes, en complément des coopérations menées au sein de l’OTAN.
De l’ambition politique aux capacités militaires
La rencontre de Rome traduit finalement une évolution du débat européen sur la défense. La question n’est plus seulement celle de l’augmentation des budgets militaires, mais également celle de la manière dont ces ressources sont utilisées.
Produire davantage en Europe, mutualiser certains achats, harmoniser les besoins, développer des programmes communs et renforcer les chaînes d’approvisionnement constituent désormais des axes majeurs de la réflexion.
La deuxième édition de la conférence de Rome confirme ainsi la volonté de plusieurs partenaires européens d’avancer vers une coopération militaire et industrielle renforcée.
Le chemin vers une véritable autonomie stratégique européenne reste toutefois progressif. Les différences de priorités nationales, de doctrines militaires et de politiques industrielles demeurent importantes.
Mais une orientation se dessine : renforcer les capacités européennes, consolider l’industrie de défense du continent et développer les coopérations entre États, tout en maintenant l’articulation avec l’OTAN.
Source Notre reporter Ben Zegui
