Abidjan – La Côte d’Ivoire veut élargir les portes d’entrée de sa destination touristique. Après avoir longtemps reposé sur ses marchés traditionnels, notamment européens, le pays accélère désormais la diversification de ses connexions aériennes en s’appuyant sur de nouveaux partenariats avec des compagnies internationales et sur le développement de l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan.
L’ambition est claire : améliorer l’accessibilité de la destination ivoirienne, attirer de nouvelles clientèles internationales et conforter Abidjan dans son rôle de plateforme aérienne majeure en Afrique de l’Ouest.
Cette orientation s’inscrit dans la stratégie « Sublime Côte d’Ivoire », qui fait du tourisme un levier de diversification économique, de création d’emplois et de rayonnement international.
Abidjan veut renforcer sa position de hub régional
Le transport aérien occupe une place stratégique dans cette politique.
En 2025, l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan a accueilli 2 551 915 passagers, selon le ministère des Transports et des Affaires maritimes. Les autorités travaillent désormais à améliorer davantage sa compétitivité et à renforcer son positionnement comme hub de référence en Afrique de l’Ouest.
Cette stratégie ne repose pas uniquement sur l’augmentation du nombre de vols. Elle concerne également la compétitivité des tarifs, la qualité des services, les infrastructures aéroportuaires, les connexions internationales et la capacité d’Abidjan à servir de point d’entrée vers d’autres destinations africaines.
Le développement d’Air Côte d’Ivoire constitue également un élément important de ce dispositif. Le ministère des Transports indiquait en juillet 2026 que la compagnie nationale avait enregistré deux exercices bénéficiaires consécutifs.
Dubaï, nouvelle étape de la stratégie ivoirienne
La Côte d’Ivoire regarde notamment vers le Moyen-Orient et l’Asie.
Du 18 au 24 juillet 2026, une délégation de la Direction générale du transport aérien ivoirienne s’est rendue à Dubaï pour une mission de travail auprès d’Emirates.
Cette mission devait notamment permettre aux responsables ivoiriens d’étudier le fonctionnement du modèle aérien de Dubaï afin d’alimenter le plan stratégique de compétitivité du secteur ivoirien.
Parmi les perspectives évoquées figure l’étude de faisabilité d’une liaison directe Abidjan-Dubaï. Les discussions portent également sur la préparation d’un mémorandum d’entente entre Emirates et le ministère ivoirien du Tourisme, une démarche initiée lors du Dubai Airshow 2025.
Une éventuelle liaison directe avec Dubaï pourrait renforcer les possibilités de correspondance vers de nombreux marchés du Moyen-Orient et d’Asie.
Pour le tourisme ivoirien, cette diversification géographique représente un enjeu important : elle permettrait de ne plus dépendre principalement des bassins émetteurs traditionnels et de mieux positionner la destination sur de nouveaux marchés.
Abidjan-Luanda : renforcer aussi les connexions africaines
La stratégie ne concerne pas uniquement les liaisons intercontinentales.
Le 6 avril 2026, TAAG Angola Airlines a inauguré sa liaison commerciale entre Luanda et Abidjan. Le premier vol direct a transporté 103 passagers vers la capitale économique ivoirienne.
Cette nouvelle desserte contribue au renforcement des connexions entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique australe.
Elle illustre également la volonté d’Abidjan de développer davantage les flux intra-africains. Pour le secteur touristique, ces liaisons peuvent favoriser aussi bien le tourisme de loisirs que les voyages d’affaires, les congrès, les événements internationaux et les déplacements professionnels.
L’aérien, un pilier de « Sublime Côte d’Ivoire »
Cette politique de connectivité n’est pas nouvelle. Elle fait partie intégrante de la stratégie touristique ivoirienne.
Le plan « Sublime Côte d’Ivoire » avait identifié le développement d’un plan aérien ciblé comme l’une des réformes nécessaires pour soutenir le tourisme. Parmi les objectifs figuraient le renforcement des flux internationaux vers Abidjan, mais également l’amélioration des connexions entre la capitale économique et les principaux pôles touristiques du pays, notamment San Pedro, Korhogo et Bouna.
L’enjeu est majeur : faire en sorte que l’arrivée du voyageur à Abidjan constitue non pas la fin du parcours, mais le début d’un circuit touristique à travers le pays.
Les plages de Grand-Bassam, Assinie et San Pedro, le patrimoine historique de Grand-Bassam, les régions du Nord, les parcs et réserves naturelles, ainsi que le tourisme culturel, gastronomique et d’affaires constituent autant de produits susceptibles de bénéficier d’une meilleure connectivité.
Plus de 6,7 millions de visiteurs en 2025
Les ambitions aériennes interviennent alors que le secteur touristique ivoirien affiche une dynamique importante.
Selon le Conseil national du tourisme, la Côte d’Ivoire a enregistré plus de 6,7 millions de visiteurs en 2025, pour environ 1 100 milliards de FCFA de recettes touristiques et 675 000 emplois générés.
À l’horizon 2030, les autorités souhaitent poursuivre la diversification de l’offre touristique, développer la digitalisation des services et renforcer la valorisation du patrimoine naturel, notamment les parcs nationaux.
La deuxième phase de « Sublime Côte d’Ivoire » doit également s’articuler avec le Plan national de développement 2026-2030. Les autorités ont fixé comme ambition de renforcer la contribution du tourisme à l’économie nationale, avec un objectif affiché de 10 % du PIB.
Conquérir de nouveaux marchés touristiques
Pour atteindre ces objectifs, disposer de produits touristiques attractifs ne suffit pas. Encore faut-il permettre aux voyageurs d’accéder facilement à la destination.
La Côte d’Ivoire cherche donc parallèlement à accroître sa visibilité sur de nouveaux marchés.
En avril 2026, le Conseil national du tourisme a ainsi organisé une rencontre stratégique avec le Bureau de tourisme de Berlin, l’Office ivoirien des parcs et réserves et plusieurs professionnels du secteur.
L’objectif était d’étudier de nouvelles possibilités de coopération afin d’améliorer la promotion de la Côte d’Ivoire sur le marché allemand.
Cette démarche montre la complémentarité entre promotion touristique et connectivité aérienne : attirer davantage de visiteurs suppose à la fois de faire connaître la destination et de faciliter leur déplacement vers le pays.
Le tourisme d’affaires, autre atout d’Abidjan
Abidjan dispose par ailleurs d’un avantage supplémentaire : son rôle de capitale économique régionale.
La présence d’institutions internationales, de sièges d’entreprises, d’établissements financiers, d’infrastructures hôtelières et de grands centres de conférences permet à la métropole ivoirienne de se positionner sur le segment du tourisme d’affaires.
Salons professionnels, conférences internationales, sommets économiques, rencontres institutionnelles, événements culturels et compétitions sportives génèrent des flux de voyageurs qui peuvent contribuer à la rentabilité de nouvelles liaisons aériennes.
L’enjeu consiste ensuite à transformer une partie de ces voyageurs d’affaires en visiteurs touristiques, en leur proposant des circuits permettant de prolonger leur séjour dans le pays.
Faire de la connectivité un moteur de croissance
L’ouverture de nouvelles liaisons aériennes produit enfin des effets qui dépassent le seul tourisme.
Une meilleure connectivité peut faciliter les échanges commerciaux, les investissements, les déplacements de la diaspora, l’organisation de manifestations internationales et l’implantation de nouvelles entreprises.
Elle peut également bénéficier directement aux secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, du transport, des loisirs, de l’artisanat et des services.
La stratégie ivoirienne consiste donc à créer un cercle vertueux : davantage de connexions aériennes pour attirer davantage de voyageurs, une offre touristique renforcée pour prolonger les séjours et des investissements supplémentaires pour améliorer la qualité de la destination.
Abidjan veut devenir une porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest
La bataille du tourisme international se joue désormais aussi dans les airs.
En multipliant les partenariats, en développant de nouvelles dessertes et en cherchant à améliorer la compétitivité de son principal aéroport, la Côte d’Ivoire entend consolider la place d’Abidjan sur la carte aérienne internationale.
Le défi sera de transformer cette connectivité accrue en retombées économiques durables pour l’ensemble du territoire.
De Dubaï à Luanda, en passant par les marchés européens et les connexions régionales africaines, la Côte d’Ivoire cherche ainsi à ouvrir de nouvelles portes vers sa destination touristique et à faire du transport aérien l’un des moteurs de son ambition : installer durablement le pays parmi les grandes destinations touristiques africaines.
Source B Charles
