New York – Le président du Liberia, Joseph Nyuma Boakai Sr., appelle à la création d’un nouveau cadre de coopération entre le Liberia et le Ghana consacré à la préservation du patrimoine africain, à la modernisation des musées, à la formation des professionnels du secteur culturel et à la récupération des biens culturels africains conservés hors du continent.
Le chef de l’État libérien a présenté cette proposition le 23 septembre 2026 à New York, à l’occasion d’un événement de haut niveau organisé en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies. La rencontre, coparrainée par le Ghana, l’Allemagne et la France, avait pour thème : « From Commitments to Action on Reparatory Justice: Advancing International Cooperation for the Return and Restitution of Cultural Properties and Heritage ».
Pour Joseph Boakai, l’heure est désormais venue de transformer les déclarations politiques sur la restitution du patrimoine africain en programmes concrets de coopération entre États et institutions.
« Je crois que la prochaine étape doit passer de la conversation à la coopération pratique », a déclaré le président libérien.
Un cadre Liberia-Ghana consacré au patrimoine
Au cœur de la proposition figure la création d’un « Liberia-Ghana Cultural Heritage and Historical Recovery Cooperation Framework », un cadre de coopération destiné à rapprocher les institutions culturelles, patrimoniales et universitaires des deux pays.
Le projet prévoit plusieurs domaines d’intervention : numérisation des archives et documents historiques, formation des archivistes et professionnels des musées, recherche sur les sites historiques, conservation du patrimoine, organisation d’expositions et développement de programmes éducatifs.
Une autre dimension particulièrement importante concerne l’identification des objets culturels d’origine africaine aujourd’hui détenus hors de leurs territoires d’origine.
Les institutions libériennes et ghanéennes pourraient ainsi travailler conjointement à documenter ces biens, à retracer leur provenance et, lorsque les conditions juridiques et diplomatiques le permettent, à explorer les possibilités de restitution.
Passer de la restitution des objets à la restauration de la mémoire
Pour Joseph Boakai, la question ne peut cependant pas se limiter au retour physique d’œuvres d’art ou d’objets historiques.
Le président libérien considère la restitution comme une composante d’un processus plus large de restauration de la mémoire, de l’identité et de la dignité des peuples africains.
Cette conception rejoint l’approche défendue par le Ghana. Le président ghanéen John Dramani Mahama a déclaré lors de la même rencontre que la restitution du patrimoine constituait une étape d’un parcours de justice encore inachevé, rappelant que pendant plusieurs générations, une partie de l’histoire et de la mémoire africaines avait été conservée loin des sociétés qui les avaient produites.
Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a également appelé les États et institutions détenant des biens culturels africains à travailler à leur restitution.
Providence Island au cœur de la mémoire libérienne
Dans son intervention, Joseph Boakai a accordé une attention particulière à Providence Island et à d’autres sites historiques du Liberia.
Le président souhaite que leur préservation ne se limite pas à la conservation physique des lieux. Elle devrait également intégrer la recherche historique, la participation des communautés et la mise en place de programmes permettant aux jeunes générations de mieux connaître leur histoire.
Cette dimension éducative constitue l’un des piliers de la proposition libérienne.
La restauration d’un site ou le retour d’un objet culturel prend davantage de sens lorsque ces éléments peuvent être intégrés à des musées, des programmes scolaires, des travaux universitaires, des expositions et des activités destinées au grand public.
Former les professionnels africains des musées et des archives
La formation constitue ainsi un autre volet stratégique du projet.
La conservation et la valorisation du patrimoine nécessitent des compétences spécialisées : archivistes, historiens, conservateurs, restaurateurs, archéologues, chercheurs, documentalistes ou encore professionnels de la numérisation.
Le partenariat proposé entre Monrovia et Accra pourrait permettre de développer des programmes conjoints de formation et d’échanges professionnels.
Le renforcement des musées africains apparaît également comme une condition importante pour accompagner le retour éventuel d’œuvres et de collections conservées à l’étranger.
Il ne s’agit donc pas seulement de réclamer des restitutions, mais également de renforcer les capacités institutionnelles permettant de documenter, conserver, étudier et présenter durablement le patrimoine récupéré.
La numérisation des archives comme priorité
La numérisation occupe également une place importante dans le dispositif proposé.
De nombreux documents relatifs à l’histoire africaine sont dispersés entre bibliothèques, administrations, universités, musées, archives nationales et collections situées sur plusieurs continents.
La création de bases documentaires numériques communes pourrait faciliter le travail des chercheurs, améliorer l’accès du public aux archives et contribuer à préserver des documents fragiles.
Une coopération entre le Liberia et le Ghana pourrait ainsi servir de modèle à des initiatives similaires impliquant d’autres pays africains.
Le Ghana veut faire passer la justice réparatrice à l’action
La proposition du président Boakai intervient dans une dynamique diplomatique plus large portée notamment par le Ghana.
En juin 2026, Accra avait accueilli une conférence de haut niveau consacrée aux prochaines étapes de la justice réparatrice. À la suite de cette rencontre, plusieurs mécanismes ont été mis en place, dont un Conseil consultatif de haut niveau sur la justice réparatrice, un panel mondial d’experts sur la restitution du patrimoine culturel et un panel juridique mondial sur la justice réparatrice.
Les engagements adoptés à Accra reconnaissent notamment la nécessité d’accélérer le retour des biens culturels, des restes humains, des archives et du patrimoine vers leurs pays d’origine, tout en renforçant les initiatives de conservation et de restauration.
La rencontre de New York devait précisément permettre de poursuivre ce travail et de faire évoluer le débat international de la reconnaissance des injustices historiques vers la définition de mécanismes concrets.
Une équipe technique Liberia-Ghana envisagée
Pour donner rapidement une dimension opérationnelle à sa proposition, Joseph Boakai souhaite que le Liberia et le Ghana désignent une petite équipe technique conjointe.
Sa mission serait d’identifier les domaines dans lesquels une coopération peut commencer rapidement avant de formaliser les engagements dans un accord entre les deux pays.
Cette méthode permettrait de commencer par des projets ciblés : inventaires d’archives, formations professionnelles, programmes de numérisation, recherches historiques communes ou identification de biens culturels susceptibles de faire l’objet de démarches de restitution.
L’objectif serait ensuite d’élargir progressivement la coopération.
Vers une solidarité africaine plus opérationnelle
Au-delà des relations entre le Liberia et le Ghana, la proposition du président Boakai pose la question de la capacité des pays africains à coordonner leurs démarches en matière de patrimoine.
Plutôt que chaque État travaille isolément à l’identification et à la récupération de ses biens culturels, des coopérations régionales pourraient permettre de mutualiser l’expertise juridique, historique, scientifique et diplomatique.
Le président libérien estime ainsi que les deux pays peuvent montrer comment une volonté politique commune peut être transformée en programmes opérationnels.
« Le Ghana et le Liberia ont l’opportunité de démontrer que la solidarité africaine peut se traduire en action pratique », a déclaré Joseph Boakai.
Un débat international qui entre dans une nouvelle phase
La question de la restitution du patrimoine africain occupe désormais une place croissante dans les relations internationales.
Selon Reuters, le Ghana considère le retour des objets culturels retirés du continent comme l’une des premières étapes concrètes de son programme de justice réparatrice. D’autres dimensions du débat pourraient ensuite concerner les excuses officielles, la dette ou différentes formes de compensation, dans le cadre plus large des discussions menées par l’Afrique et les Caraïbes.
La proposition de Joseph Boakai apporte à ce débat une dimension très opérationnelle : retrouver les archives, documenter les collections, former les professionnels, renforcer les musées, protéger les sites historiques et préparer les conditions permettant aux biens culturels de retrouver leur territoire d’origine.
À travers ce projet de partenariat avec le Ghana, le Liberia entend ainsi faire de la préservation du patrimoine un instrument de transmission entre générations.
Pour Monrovia, la restitution ne doit pas seulement signifier le retour d’objets en Afrique. Elle doit aussi permettre aux sociétés africaines de se réapproprier leur histoire, renforcer leurs institutions culturelles et transmettre leur mémoire aux générations futures.
Source Service Communication Libéria
