MEDEF : le patronat se mobilise autour de la francophonie économique

Les 24 et 25 août, le Medef organisait la « Rencontre des entrepreneurs francophones », à la veille de la « Rencontre des Entrepreneurs de France » (REF), qui a réuni 27 délégations de 31 nationalités et près de 600 chefs d’entreprises, en présence du président de Madagascar et du Premier ministre de Côte d’Ivoire. L’heure est à la francophonie économique portée par un patronat français stimulé par la croissance annoncée…

« Jamais les secteurs privés de pays francophones ne s’étaient rassemblés avec la volonté de créer ensemble, les outils d’une francophonie des entreprises », a introduit avec enthousiasme, Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, en ouvrant la « Rencontre des entrepreneurs francophones », à l’hippodrome de Longchamp, le 24 août dernier. « Nous sommes ici pour poser la première pierre et à terme, bâtir une véritable communauté économique francophone », a-t-il poursuivi, indiquant qu’à l’opposé de l’Union européenne (UE) élaborée sur des fondements économiques [CECA – communauté économique du charbon et de l’acier, ndlr], la francophonie s’était construite sur des bases institutionnelles et politiques. Après le rapport Attali et le Sommet de Dakar où les chefs d’État et de gouvernement des pays francophones avaient adopté un cadre stratégique pour 2015-2022, c’est donc le secteur privé qui s’attèle à renforcer la francophonie économique.

« Nous avons les papas et les mamans de la francophonie économique, comme vous, Monsieur le président Rajoelina et Monsieur le Premier ministre Patrick Achi », déclarait Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du Tourisme, des Français de l’étranger et de la Francophonie, le 24 août. « Enfin, le secteur privé prend cette thématique en main ! C’est la première fois que la famille patronale francophone se réunit et marque sa volonté d’avancer ensemble sur ce chemin. La REF francophone est un tirant d’eau pour signer des contrats », se félicite Fabrice Le Saché, vice-président et porte-parole du Medef.

Dans la matinée du 24 août, 27 délégations patronales ont signé une déclaration commune relative au renforcement de la francophonie économique, à quelques semaines du prochain Sommet de la francophonie, qui se tiendra les 20 et 21 novembre à Djerba.

Quel est le poids de la francophonie dans le monde ?

Cinquième langue parlée dans le monde après le mandarin, l’anglais, l’espagnol et l’arabe, le français est véhiculé sur les 5 continents. En 2018, la langue de Molière comptait environ 300 millions de locuteurs dans 106 pays et territoires, selon l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Après la France, la République démocratique du Congo est le 2e pays où la langue française est la plus parlée, avec 42,5 millions de francophones. C’est aussi la seconde langue la plus enseignée dans le monde (23 millions d’apprenants en Afrique contre 10,5 millions en Europe). Selon un rapport publié en 2018 par l’OIF, 44 % des francophones se trouvent en Europe du Nord et de l’Ouest, 34 % en Afrique Subsaharienne et dans l’Océan indien, 13 % en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, 4 % en Amérique du Nord, 2 % en Amérique Latine et dans les Caraïbes, 2 % en Europe centrale et orientale et seulement 1 % en Asie et en Océanie.

Langue officielle des Nations Unies (ONU), de l’Union africaine (UA), de l’Union européenne (UE), du Comité olympique international (CIO), elle est également la 3e langue au niveau des affaires et la 4e langue sur Internet. En 2050, le monde abritera près de 820 millions de francophones (soit 8 % de la population mondiale contre 3 % actuellement selon l’OIF, dont 70% en Afrique).

A ce jour, les pays de la francophonie économique représentent près de 16% du PIB mondial pour 4% de la population. Pour renforcer la part de ces échanges, il faudra relever un certain nombre de défis (fluctuations monétaires, coût élevé des transactions financières ou encore sous-bancarisation, en particulier en Afrique). Il « n’y a aucun dividende linguistique automatique de la démographie », a prévenu Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du Medef.

Transformer la francophonie en opportunités économiques

Louise Mushikiwabo, la Secrétaire générale de l’OIF a profité de cette rencontre pour souligner le rôle de son institution pour accompagner les 88 Etats et gouvernements membres, à renforcer leurs échanges économiques. Le sujet est en effet, une priorité pour l’OIF depuis quelques années, comme en témoignent la création d’un Observatoire de la francophonie économique (OFE) en 2017, et la multiplication des missions économiques.

« J’ai une patrie, la langue française », c’est en citant Albert Camus que Patrick Achi, le Premier ministre ivoirien, a introduit ses propos. Prosaïque, il a ajouté que « 20% des flux commerciaux supplémentaires sont créés grâce au partage du socle linguistique ». Exhortant les grands patrons francophones à s’impliquer davantage pour soutenir la francophonie économique, il n’a pas manqué de souligner la perte de vitesse de l’hexagone sur le continent africain. « En 20 ans, la France a perdu près de la moitié de ses parts de marché en Afrique, passant de 12 à 7% : les exportations des entreprises françaises ont ainsi doublé sur un marché qui a lui quadruplé. Un véritable choc de conscience et d’action […] doit donc s’opérer » a-t-il lancé. « L’Afrique n’est plus l’Afrique, l’Afrique a changé, –elle– sera demain le cœur et le poumon du monde économique francophone », a-t-il prévenu.

Tout aussi pragmatique, Willy Borsus, le vice-président du gouvernement de Wallonie a rappelé son « attachement à la francophonie multilatérale » et la nécessité de « transformer la diversité – dans l’espace francophone- en opportunités »

Le rendez-vous de la francophonie économique s’annualise

Le président de Madagascar, Andry Rajoelina, invité d’honneur de cette rencontre consacrée à la francophonie économique, est revenu sur l’importance des partenariats publics-privés (PPP), pour soutenir les grands travaux inscrits dans le Plan émergence Madagascar (PEM). Pariant sur le renforcement de la francophonie économique pour participer au redressement des pays francophones après la pandémie, il a notamment souligné les atouts dont dispose l’île rouge, en exposant le potentiel agricole et touristique de ce pays grand comme la France, la Belgique et le Luxembourg réunis.

Dans les allées de l’hippodrome, Kadia Moisson, la directrice Afrique du cabinet Grant Alexander (Conseil & Ressources humaines) profite de l’occasion pour développer son réseau. « Cet événement est important, car il rassemble tous les acteurs de la vie économique, sociale et institutionnelle, autour d’un avenir commun, celui de la relance de nos économies à travers la création d’un new deal avec les pays de la francophonie […] La REF va participer à étendre le réseau de notre cabinet qui a fait le choix de l’Afrique, en ouvrant un cabinet en Côte d’Ivoire,  en début d’année ».

De son côté, Amadou Seck, le vice-président du patronat sénégalais (le Conseil national du patronat du Sénégal) et directeur général d’Eurogerm Sénégal, est arrivé à Paris avec une vingtaine de représentants d’entreprises, pour promouvoir les opportunités nationales sur fond d’intégration régionale. Le rendez-vous était multilatéral, bien que l’écrasante présence de locuteurs francophones africains n’ait pas éludé l’absence des patronats asiatiques, expliquée par la fermeture des frontières liée à la Covid-19 par le patron du Medef qui s’est néanmoins félicité de l’organisation de ce « Davos de la francophonie », en 4 mois seulement, en dépit du contexte sanitaire. « Nous sommes à Paris pour développer des partenariats économiques avec les pays de la francophonie, y compris dans la sous-région », précise Amadou Seck, considérant que « ce type d’occasion permet aux entreprises africaines de se rencontrer et de communiquer […] ce qui permettra à terme, de créer des chaînes de valeur dans nos pays ».

Le rendez-vous consacré à la francophonie économique est appelé à se pérenniser. « Je suis convaincu qu’il faut un mandat long », a déclaré Geoffroy Roux de Bézieux, avant d’annoncer l’annualisation des rencontres francophones.

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