Regard économique et financier sur les CRYPTO-MONNAIES

Les crypto-monnaies animent l’actualité locale et internationale de ces derniers temps. Elles sont sur toutes les lèvres, pour les spéculateurs, elles constituent un merveilleux véhicule de spéculation mais pour les autorités politique et monétaire, la question est plus inquiétante et nécessite d’être débattue.

Dans la zone ouest africaine en général et dans mon Burkina en particulier, l’appétit, des jeunes pour les crypto-monnaies même si certains n’en connaissent pas assez, augmente de jour en jour. Si le système est qualifié d’un système d’arnaque par  les détracteurs, il faut noter que la réunion des parlementaires sur les enjeux des crypto-monnaies dans l’espace CEDEAO, ténue du 6 au 10 Juillet 2021, dans la capitale du pays des hommes intègres (Ouagadougou), est devenue l’argument légalisé des défenseurs de la crypto-monnaie. L’article tente d’une part d’informer l’opinion publique sur les enjeux économiques des crypto-monnaies, leur différence avec les autres monnaies numériques et d’autre part d’éclairer la jeunesse sur les placements en crypto-monnaie en l’invitant à investir local pour être utile aux économies locales.

Ce qu’il faut comprendre par crypto-monnaie

Une crypto-monnaie est une devise virtuelle où encore électronique parce qu’elle ne circule que sous une forme totalement numérique donc non réelle. La technologie de la crypto-monnaie a été inventée après la crise financière de 2007-2008, dans le but d’une part de contourner la réglementation des systèmes financiers et d’autre part d’éviter les frais exorbitants liés aux services financiers. La crypto-monnaie s’échange via un système informatique décentralisé appelé le blockchain (en chaine) et repose sur l’anonymat. En effet, cette monnaie que l’on peut qualifier de monnaie de « l’économie souterraine » peut être utilisée à fins illicites (blanchiment d’argent, financement du terrorisme, etc.). Son fonctionnement repose sur des algorithmes ou encore sur les principes de la cryptographie qui permettent de valider les transactions et l’émission de cette même monnaie. La crypto-monnaie contrairement au dollar, à l’euro, au yuan, au FCFA, n’a pas cours légal dans aucune économie et donc n’est pas acceptée par tous les acteurs économiques comme moyen de paiement ou intermédiaire des échanges. Les monnaies à cours légal sont émises, régulées et servent d’instrument de politique monétaire pour les banques centrales émettrices mais les crypto-monnaies ne sont ni émises, ni contrôlées par une banque centrale. Pour ce qui est, des trois différentes fonctions (unité de compte, intermédiaire des échanges et réserve de valeur) que doit remplir une vraie monnaie, les crypto-monnaies n’en remplissent aucune fonction au sens strict.

Monnaie digitale n’est pas crypto-monnaie

L’actualité internationale, fait écho de plusieurs banques centrales qui sont en phase pilote de test de leurs monnaies digitales banque centrale  (Central Bank Digital Currency) pour les unes (la banque centrale chinoise) et en phase de réflexion pour les autres (l’union européenne avec le e-euro, le Ghana avec le e-cedi, etc.). Mais qu’est-ce qu’une monnaie digitale Banque Centrale (MDBC) ? Est elle aussi une crypto-monnaie au sens monétaire du terme ?

Il faut noter que les monnaies digitales banques constituent une réponse à la révolution technologie dans le domaine financier (fin Tech). Tout d’abord, pour contrer l’expansion abusive des crypto-monnaies et d’autre part pour réduire la dépendance des banques centrales vise à vis des banques commerciales. En effet, l’avènement de ces différentes monnaies digitales, permettra d’une part de dynamiser les échanges commerciaux entre les économies et d’autre part de rendre la politique monétaire plus directe sans « banque-écran ».

Une monnaie digitale de banque centrale (« MDBC ») est un actif numérique émis par la seule autorité monétaire, qui en défend sa valeur. Cette monnaie s’échange au pair avec les billets et les réserves, disponible en permanence et dans des transactions de pair-à-pair et circulant sur des supports numériques. La MDBC et la crypto-monnaie font partie de la grande famille des monnaies numérique mais nous insistons que les monnaies digitales banques centrales ne sont pas des crypto-monnaies à la différence qu’elles ont des objectifs plus bénéfiques aux économies et ont cours légal.  C’est dans ce contexte précis de monnaie digitale banque centrale que s’est inscrite la réunion des parlementaires de la CEDEAO sur les enjeux de la crypto-monnaies. On pourrait se dire que le terme enjeux de la crypto-monnaie n’est pas adéquat car l’idée étant de profiter de la révolution numérique en finance pour booster les économies en dynamisant les échanges commerciaux entre les pays membres. Mais comment peut-on instituer une monnaie digitale qui aura cours légal dans des économies qui ne partagent pas la même monnaie ? Autant de questions qu’on peut se poser quand on sait que l’avènement de la monnaie unique CEDEAO (ECO) n’est pas pour bientôt.

Crypto-monnaie quels retombés pour nos économies locales ?

Si les jeunes s’intéressent autant plus à la crypto-monnaie, la finalité c’est de se faire une place à table des grands en décrochant le jackpot. Richesse pas plus est le maître mot de ces jeunes qui parlent de crypto-monnaie à longueur de journée. Pour démontrer par a+b  qu’on peut autant se faire de l’argent en investissant local, nous avons analysé deux investissements sur la période janvier à Août 2021. En supposant un investissement initial de 1.000.0000 XOF.  Le tableau ci-après montre que l’achat de certains  titres de société cotées (SONATEL, Coris banque) à la Bourse régionale des valeurs mobilières sur la période ci-citée est plus rentable que l’achat de Bitcoin (BTC). Pourquoi ? En matière de plus-value, le bitcoin est plus performant mais son niveau de risque très élevé vient effacer une partie de cette performance. Pour les titres en plus des plus-values, les sociétés ont distribué des dividendes ce qui peut améliorer leur performance. Les prix du bitcoin sont plus volatiles (5,26%) que les actifs Sonatel (1,73%) et CBI (1,16%). En plus, le bitcoin est exposé à la cybercriminalité (car peut subir un vol informatique de grande envergure).

Une économie peut pas bien se porter si le nombre de spéculateurs est supérieur au nombre d’investisseurs. Placer sa liquidité dans les crypto-monnaies constitue une fuite de capitaux, une alimentation des paradis fiscaux et un possible financement d’activités illicites à notre insu.  La prise de risque est légitime pour tous investisseurs mais prenons des risques raisonnables et mesurés. Nous pouvons nous faire de l’argent et être utile à nos économies locales en investissant sur les marchés financiers locaux en sachant choisir dans quels types de sociétés investir. Chère jeunesse, soyons plus investisseurs que spéculateurs.

Par la rédaction

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