Les enjeux du réchauffement des relations Bénin-Nigeria

Par Pierre d’Herbes , consultant en intelligence économique.

Après seize mois de blocage du trafic commercial entre le Bénin et le Nigeria pour cause de fermeture de la frontière, et suite à sa réouverture partielle le 31 décembre, la réunion de sortie de crise qui s’est tenue le 19 janvier dernier à l’initiative du chef de l’Etat du Bénin ouvre des perspectives encourageantes pour les deux pays, même si la situation n’est pas encore débloquée.

Officiellement, la décision du Président Buhari de fermer les frontières avec les quatre pays limitrophes du Nigeria (Bénin, Niger, Tchad et Cameroun), le 20 août 2019, visait à stopper la contrebande de riz et de poulets congelés déchargés au Bénin pour être ensuite réexpédiés à Lagos et à favoriser l’autosuffisance alimentaire. Le riz est en théorie interdit à la réexportation vers le géant ouest-africain, mais il est difficile de faire respecter cet embargo, un sac de riz coûtant près de deux fois plus cher au Nigeria qu’au Bénin. Si cette décision unilatérale a officiellement été motivée par le seul préjudice économique que le Nigeria affirme subir, elle a entraîné une situation anormale au vu des accords et des relations liant traditionnellement les deux pays, d’autant plus malvenue en temps de crise.

Groupe de travail

Sous les efforts conjugués de la Cedeao et des ministres béninois des Finances (Romuald Wadagni) et des Affaires étrangères (Aurélien Agbénonci), les lignes ont fini par bouger. La frontière a été partiellement rouverte le 31 décembre dernier à l’initiative du Président nigérian, sans permettre pour autant la reprise du trafic de marchandises, seuls les piétons et les véhicules légers étant pour l’heure autorisés à franchir la frontière.

Une situation forcément insatisfaisante pour le Bénin, et qui porte aussi préjudice aux marchandises venant du Ghana, de la Côte d’Ivoire et du Togo, qui y transitent. D’où la rencontre à huis clos qui s’est tenue le 19 janvier à Abuja à l’initiative du Président Talon avec son homologue nigérian afin d’examiner les modalités de sortie de crise et les moyens d’œuvrer à une intégration renforcée entre les deux pays, dans le cadre de la Cedeao, appuyée par une coopération douanière étroite. À l’étude, notamment, le déploiement de douaniers et de policiers nigérians au Bénin, notamment au Port autonome de Cotonou, pour réaliser les contrôles nécessaires sur les marchandises destinées à être convoyées au Nigeria. Cette entrevue a débouché sur la mise en place d’un groupe de travail entre les autorités des deux pays pour régler les questions réglementaires préalables à la concrétisation de ce dispositif d’ici le 1er juin – une belle occasion pour le Président Buhari de rectifier le tir après une décision qui n’a pas été suivie des effets escomptés, loin de là.

Résilience du Bénin

Loin de régler les problèmes de contrebande, cette situation s’est aussi avérée préjudiciable pour les économies des deux voisins, principalement pour celle du Nigeria. Malgré l’annonce du 16 décembre, faute de reprise du trafic de marchandises entre le Bénin et le Nigeria, les commerçants poursuivent des trafics jamais interrompus. Sans surprise, les importateurs nigérians ont adapté leurs activités à cette nouvelle donne, venant au Bénin par voie maritime, chargeant le riz à même la plage avant de repartir dans leur pays. Au Nigeria, par contre, l’inflation a atteint des sommets durant cette période et la flambée du prix des denrées alimentaires a frôlé les 20% en novembre. Des difficultés accentuées par les restrictions d’accès au dollar.

Côté béninois, la catastrophe économique annoncée n’a pas eu lieu, et ce alors que le commerce informel avec la première puissance économique du continent représente 20% du PIB du pays. Fort d’une croissance de 2% l’an dernier, le pays est parvenu à limiter l’impact de ce blocus malgré le contexte de la crise sanitaire et alors que la zone UEMOA affiche une croissance négative. Au-delà de la résilience économique dont il a fait preuve, qui atteste de l’efficacité de la restructuration de son économie dans le cadre du programme d’action gouvernemental, le Bénin souhaite que le commerce soit fluide entre les différents Etats de l’UEMOA et que les accords de coopération soient respectés, afin de faire de l’intégration économique ouest-africaine une réalité.

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