Financements : le rôle stratégique des transferts d’argent de la diaspora africaine

Après un léger recul global en 2020 en raison de la Covid-19, les transferts d’argent de la diaspora africaine devraient rapidement renouer avec leur tendance haussière grâce au digital, selon Africa Rapidtransfer SA -l’aile du groupe Ecobank dédiée à cette activité- qui voit en cela une opportunité de financement sûre pour la relance économique.

Les besoins annuels de financement de l’Afrique sont estimés à environ 618 milliards de dollars. Et il en faudra bien plus pour relancer efficacement les économies du continent, au moment où les gouvernements lancent, affinent ou définissent leurs stratégies. Outre les banques, les marchés des capitaux et toutes les autres sources de financements conventionnels, les transferts de fonds de la diaspora ont le potentiel de devenir une source de financement considérable, au regard de leur évolution dans le temps.

« Les envois de fonds vers l’Afrique subsaharienne représentent 48 milliards de dollars en 2019. Ils sont en forte croissance et dépassent désormais les niveaux de l’aide publique au développement et des IDE à destination de l’Afrique subsaharienne. On a observé un changement de comportement avec une volonté de cette diaspora d’accompagner le développement économique du continent africain. Ainsi, on est passé de transferts d’argent sociaux destinés à subvenir aux besoins des proches ou les accompagner en matière de santé par exemple, à des transferts destinés à des initiatives associatives dans des projets beaucoup plus importants (réhabilitation d’écoles, etc) », a expliqué Guillaume Pambrun, directeur général d’Africa Rapidtransfer SA, lors son intervention sur la table-ronde « Comment la Covid-19 change-t-elle le visage des financements sur le continent ? » organisée le 1er décembre dernier dans le cadre du deuxième forum digital de La Tribune Afrique.

L’accélération attendue après le choc de la Covid-19

Avec la Covid-19, ces envois de fonds -qui ont connu ces dernières années une tendance haussière continue- devraient globalement connaitre un recul cette année. Les experts tablent sur une baisse d’environ 9% à 44 milliards de dollars en 2020. Cependant, les opérateurs tels qu’Africa Rapidtransfer SA pensent que la barre devrait pouvoir être rapidement redressée. « Il faut bien se rendre compte que cette légère chute peut anticiper une hausse des transferts d’argent et reporter des solutions innovantes en matière de transfert d’argent. En effet, les migrants vont reporter leur comportement en matière de transfert d’argent vers des solutions numériques sur 2020 et 2021, notamment à cause des restrictions sanitaires en matière de voyage international », estime le patron. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le groupe Ecobank, maison mère d’Africa Rapidtransfer SA a lancé, en pleine pandémie, cette structure qui déploie RapidTransfer International, une solution 100% digitale qui permet à la diaspora africaine d’Europe d’envoyer aisément des fonds en Afrique subsaharienne.

Au moment où les gouvernements multiplient les pistes pour financer au mieux la relance, aucune n’est à négliger. D’ailleurs leur concours pour davantage valoriser la manne financière que représentent les transferts de fonds de la diaspora, et leur capacité à davantage mobiliser cette diaspora en faveur du financement de projets dans les pays sont considérés comme essentiels dans le contexte actuel. Certains pays ont commencé à se démarquer en la matière bien avant la pandémie de Covid-19. C’est le cas du Ghana qui a créé en 2019 un compte d’investissement pour la diaspora. Géré par le ministère des Finances et la Banque centrale, ce compte permet de faciliter l’allocation de prêts à des ressortissantes de la diaspora de façon à contribuer au développement du Ghana.

D’autres pays comme l’Ethiopie, le Rwanda, des actions assez similaires, où des initiatives ont été prises ou sont en train d’être prises pour encourager la diaspora à investir dans son pays d’origine. « La diaspora africaine représente pas moins de 350 millions de personnes à travers le monde. On voit bien que les différents gouvernements de cette diaspora mesurent de plus en plus le rôle que peut jouer celle-ci en faveur du développement », remarque Guillaume Pambrun. Et d’ajouter : « si par ailleurs, on s’intéresse à notre Hexagone, les dernières initiatives prises par une député -Mme Sira Sylla- pour encourager les transferts d’argent effectués par la diaspora avec notamment des assouplissements en matière de modalités de commercialisation des services bancaires, on voit bien que tout cela incite la diaspora africaine pour contribuer au développement économique du continent et vraiment sur tous les fronts, aussi bien intra-africain qu’au niveau européen ».

Demain, Africa Rapidtransfer SA s’attend une plus grande digitalisation des transferts de fonds de la diaspora, motivée par l’accélération de la transformation digitale dont la Covid-19 a été le catalyseur en Afrique. Une digitalisation que les gouvernements devraient davantage accompagner afin que la dynamique financière de la diaspora profite au mieux aux économies du continent.

Par la rédaction avec TA

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